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   - Histoire d'un travailleur -                                                                                                     

 

 

HISTOIRE D’UN TRAVAILLEUR

 

C’était en 1964. Un nouvel immeuble dans le quartier des Acacias à Genève. Ni beau, ni laid, on avait attribué ces logements dits sociaux à de nombreuses familles qui cherchaient depuis longtemps un appartement, à des prix possibles pour elles.

 

Assistante sociale, jeune professionnelle, je travaillais cette année-là à l’Hospice général.

 

La répartition des situations entre les quatre assistants sociaux de l’époque a fait que je me vois attribuer justement la région Acacias-Jonction, et donc l’immeuble des Acacias.

Au rez-de-chaussée, j’ai deux familles. Leurs portes d’entrée respectives se font face. Donc attention : pas de rendez-vous le même jour, profitant de ma présence dans l’immeuble !  Respect du secret professionnel.

 

 

Monsieur B est ouvrier qualifié chez Motosacoche à Genève. Son salaire est normal. Mais Monsieur B a cinq enfants en âge scolaire. Mme B n’a pas d’activité professionnelle. Et pourtant elle «travaille», s’occupant de ses enfants, du ménage, des repas, de la maison. Simplement cette activité n’est pas rémunérée.

 

Ainsi le salaire de Monsieur B n’atteint pas le minimum vital pour une famille de sept personnes. Il y a donc complément de l’Hospice Général par une prestation mensuelle versée directement au bénéficiaire, et la possibilité d’obtenir des bons de vêtements. Probablement que les assurances maladies sont payées par l’Hospice. On me pardonnera de n’avoir plus des chiffres pour les communiquer ici.

 

J’ai rencontré régulièrement Mme B qui, au début me disait souvent : "Melle Françoise était tellement gentille". Melle Françoise, stagiaire à l’époque, m’avait précédée en charge de cette famille. Comment entendre : un regret, et puis tranquillement vers une acceptation de cette nouvelle assistante sociale.

 

Un jour Mme B me demande des «boul-gym» pour les enfants, et je lui accorde ces blue-jeans auxquels elle a d’ailleurs droit. La collaboration est facile, et je sollicite parfois un rendez-vous en fin de journée pour avoir contact avec Monsieur B. 

 

Fin 1964 je quitte l’Hospice puisque j’ai la chance d’être engagée comme « monitrice » (devenue plus tard « responsable de formation ») à ce qu’on appelait alors l’École sociale, qui n’était pas encore l’Institut d’études sociales et pas non plus la Haute École de Travail social.

 

Dernier rendez-vous avec la famille pour faire le point et prendre congé. Et alors Monsieur B de conclure "J’ai un caractère de cochon, mais on a fait du bon travail ensemble."

 

Merci Monsieur B, vous me faites un beau certificat de travail.

 

Et voilà un aperçu d’un travail social que l’on pratiquait dans les années soixante. 1968 n’avait pas encore passé par là ! on ne dénonçait pas encore les injustices et les inégalités, les travailleurs pauvres.

Micheline Kretschmer

1er mai 2019





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