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Regard sur le contexte Genevois
Réflexion sur un contexte institutionnel à l'égard des jeunes en difficulté


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Dès le milieu des années 90, on voit l’émergence d’une problématique liée à la jeunesse sous la forme d’une recrudescence des incivilités, accompagnée d’une demande accrue des habitants à l’égard de l’intervention de forces de l’ordre. Les jeunes sont clairement visés et définis comme fauteurs de troubles à propos d’actes qui, agis au quotidien, produisent le sentiment d’insécurité qui va peu à peu agiter les politiques publiques en matière de sécurité.

Parallèlement à ce constat, à Genève, un groupe de chercheurs (M. Eckmann-Saillant, C. Bolzmann, G. de Rham, 1994) termine une recherche sur les jeunes sans qualification qui pose la question de ces jeunes en termes d’inégalités et de risques de précarité plutôt qu’en termes de comportements et stratégies de déviance. Cette étude est menée en étroite collaboration avec des travailleurs sociaux considérés comme des témoins privilégiés en fonction de leurs actions et de leur implication dans les pratiques avec cette population.

Les résultats de cette démarche vont permettre dès lors à des institutions sociales, communales et cantonales, ainsi qu’à des professionnels, en s’appuyant sur ces constats, de mettre en place des dispositifs et des mesures visant à répondre aux problèmes de ces jeunes, afin de lutter contre leur exclusion. Ce mouvement sur la question de l’insertion des jeunes, met particulièrement en lumière la nécessaire synergie des collaborations et la pertinence du lien entre le travail des chercheurs et celui des acteurs de terrain.

La situation des élèves à la sortie de l’école obligatoire

La recherche de M. Eckman, C. Bolzman et G. de Rham rappelle qu’avant la création du Cycle d’orientation et la démocratisation des études (années 70), un tiers des jeunes entraient à 16 ans, sans qualifications directement sur le marché du travail. En 1980, 70% d’élèves d’une volée obtiennent un diplôme du secondaire II. En 2004, 90% des élèves sortant du Cycle d’orientation poursuivent leur formation dans une filière du postobligatoire (Rastoldo, 2005)

Cependant, en novembre 2005, lors d’un colloque , François Rastoldo, chercheur au SRED, rapporte que 17% des élèves sortent avec un profil scolaire faible, qui ne leur permet pas d’entrer aisément dans un parcours scolaire et qui a pour conséquences, qu’ils réussissent rarement les examens d’entrée en apprentissage. 12% à 13% d’entre eux ne parviennent vraiment pas à atteindre un niveau diplôme soit en école, soit en apprentissage. 5% des jeunes ne se maintiennent pas dans les filières certifiantes, ni ne s’y réorientent, soit environ 300 élèves par année. Dans la suite de leur trajectoire, pas particulièrement marginaux, ces jeunes trouvent à travailler pour une moitié d’entre eux dans des métiers qui ouvrent des perspectives limitées, avec des statuts précaires. L’autre partie est en recherche d’orientation ou de travail.

Ainsi, si en 2004, environ 90% des élèves obtiennent un diplôme de niveau secondaire II, la massification de l’accès aux études cache une réalité paradoxale, à savoir que si l’échec scolaire est en diminution, il est plus problématique que par le passé, dans le sens que les jeunes qui sont en échec sont dans une situation plus difficile. D’une part, parce que la concurrence est rendue plus sévère et d’autre part, par le fait que les professions et apprentissages nécessitant un faible niveau de qualification sont en baisse.


Des jeunes dans un entre-deux institutionnel

Que deviennent alors ces jeunes qui, pour les raisons évoquées, sortent du jeu des voies de l’intégration scolaire, professionnelle ? Dans leur recherche M. Eckmann, C. Bolzmann et G. De Rham font apparaître à Genève une situation nouvelle, à savoir qu’un nombre toujours plus important d’entre eux ne sont pas insérés dans le système de formation, qu’ils ne sont pas non plus insérés dans le monde du travail, ni suivis par des services susceptibles de leur fournir un appui. Ces jeunes se retrouvent ainsi dans une sorte de no man’s land institutionnel, ce qui les place dans un état de potentielle fragilité par rapport à leur position sociale.

Cette problématique est relayée quelques années plus tard par Laurent Wicht, enseignant et chercheur à la Haute Ecole de Travail social, sur les questions relatives aux jeunes dans le contexte genevois, qui par comparaison relève que, si dans les années soixante, les jeunes qui « trainaient au coin de la rue » se trouvaient très clairement inclus dans un dispositif éducatif, une partie de leur alter ego de la Genève du milieu des années nonante se trouve hors de l’école, hors du travail, et hors des institutions sociales (Wicht, 2005).

Bien que le dispositif cantonal genevois prévoie au sein d’un 10ème Degré diverses filières d’insertion, qui permettent soit de faire des compléments de formation ou de suivre un préapprentissage, une partie des élèves interrompent le processus en cours d’année alors que les autres cessent la formation à l’issue du 10ème Degré. S’il existe des études permettant de comprendre les parcours des élèves entre la scolarité obligatoire et les filières de formation du post-obligatoire, il n’existe pratiquement pas d’études capables de rendre compte de la situation et de la trajectoire des jeunes qui se trouvent hors du système de formation, dans le no man’s land institutionnel. Cette population est par définition difficile à atteindre et, pour mieux la comprendre, il faut bien souvent se référer aux observations des travailleurs sociaux qui la côtoient, en particulier celles des travailleurs sociaux oeuvrant en milieu ouvert, comme les animateurs des secteurs adolescents de Centres de loisirs et Maison de jeunes, ou les travailleurs sociaux hors-murs (Wicht, 2005).


Les ruptures et la précarité

Les travailleurs sociaux qui oeuvrent dans les structures d’accueil destinées aux adolescents sont au quotidien en contact avec des jeunes qui, au terme de la scolarité, ne voient pas de perspectives d’avenir et développent des conduites d’échec, qui viennent confirmer ce qu’ils ont éprouvé souvent durant toute leur scolarité. Ceci est également dû au fait qu’ils ont évolué dans une école de « l’égalité des chances » qui, en dépit de la volonté de vouloir offrir les mêmes chances à chaque élève pour lui assurer la réussite, ne parvient pas, comme le montrent les travaux du sociologue François Dubet (2000) à gommer les inégalités sociales qui restent toujours déterminantes dans la dynamique de l’échec scolaire. Leur estime d’eux-mêmes s’en trouve très affectée à un âge où précisément il faut faire preuve d’esprit de combativité, de performance, d’efficacité pour entrer dans un marché du travail qui exige actuellement et principalement ces qualités-là. Si autrefois, ces jeunes trouvaient à s’insérer dans des emplois qui leur permettaient de se tracer peu à peu une vie professionnelle évolutive, il est aujourd’hui difficile voire quasi impossible de trouver une voie de cette manière. Cette situation nourrit un fort sentiment d’incapacité, parce que sans qualification il n’y a pas de chemin possible vers l’autonomie, vers une place dans la société.

Ceci a des conséquences importantes sur le mode de vie de ces jeunes qui, la plupart du temps zonent dans le quartier, ne logeant parfois plus chez leurs parents et vivant en dehors de tout rythme quant à une occupation journalière. Ils ne sont plus ou très peu en contact avec le monde adulte et vivent de revenus aléatoires. La débrouille, le recours à plusieurs types de ressources qui sont parfois des expédients: un peu de solidarité familiale, un peu d’aide sociale, un peu de travail précaire ou au noir, et parfois un peu de trafic ou de délinquance, deviennent les moyens qui leur permettent de survivre. Ils entrent dans, ce que nomme Robert Castel à propos de la précarité, un processus de désaffiliation qui résulte selon son hypothèse, de la conjonction de deux processus: un processus de non-intégration par le travail, et dans le monde du travail, et un processus de non-insertion dans les réseaux proches de sociabilité, familial et social, ceci même s’ils ne souffrent pas en priorité d’un manque de communication avec autrui (Castel, 1995).


Les jeunes: producteurs de violence

Ce qui est vécu en tant que montée de la violence chez les jeunes depuis une dizaine d’années, est à questionner autant sur les causes qui auraient pour effets la recrudescence d’une forme d’incivilités, que sur le sentiment d’insécurité qui grandit au sein de la population. L’un et l’autre de ces aspects ne sont pas forcément liés dans le sens que le sentiment de peur et de crainte à l’égard de la jeunesse que ressent une partie des habitants, des villes principalement, est davantage dû à la mise en exergue de ce que les médias déploient comme un phénomène qu’à des faits réels. L’image véhiculée de certaines banlieues françaises, avec les problématiques qui leurs sont propres, par une diffusion sans nuance et l’amplification du moindre événement, offrent aux habitants des villes et à Genève notamment, les ingrédients pour que se déploient crainte et méfiance à l’égard de tout adolescent, seul ou en bande. Ainsi, il paraît important de considérer ce qui génère certains comportements déviants et de les replacer dans un contexte qui éclaire ces conséquences, davantage que ce qui les condamne sans prendre la mesure des conditions qui sont faites aux jeunes aujourd’hui.

L. Wicht met en évidence, que pour relever le défi de ces questions, dès le milieu des années nonante des municipalités genevoises vont réagir face à la présence croissante de jeunes désoeuvrés trainant dans la rue durant la journée. Des politiques communales à l’intention des jeunes fragilisés vont se mettre en place sur la base de réflexions soulevées dans les études de M. Eckman, C. Bolzman, G. de Rham en 1994 et M. Vuille et D. Gros en 1999. Ces deux études importantes font apparaître deux mécanismes : l’un met en lumière la situation d’un certain nombre de jeunes sans qualifications, vivant dans une zone grise de rupture avec les institutions (école, formation, orientation), l’autre fait émerger la question de la recrudescence des incivilités attribuées aux jeunes. Pour appuyer ces constats, la seconde étude fait référence à un rapport publié en 1998 par la Commission fédérale de la jeunesse (CFJ) qui met, entre autre, l’accent sur le lien entre l’évolution de l’économie de marché, la violence contenue dans les rapports économiques et la violence imputable à la marginalisation, l’exclusion et aux inégalités sociales et économiques.


LE DISPOSITIF INSTITUTIONNEL ACTUEL

Des actions aux marges de l’institution

A Genève, les finalités de l’animation socioculturelle des années 70 jusqu’au milieu des années 80, sont essentiellement tournées vers les loisirs et l’occupation du temps libre des jeunes pour la plupart de couches populaires. Dans quasi tous les quartiers de la ville et plusieurs communes du canton, vont s’ouvrir dès ces années, des Centres de Loisirs, Maisons de jeunes, Jardins Robinson destinés à occuper le temps libre des enfants et des jeunes, par des activités encadrées par des professionnels du travail social. Le canton dans son ensemble, s’équipe au fil du temps d’une quarantaine de lieux regroupés au sein de la Fondation pour l’animation socioculturelle genevoise (FAS’e), qui en fonction de l’évolution de la société, vont élargir leur offre à des actions de prévention plus ciblées, dans un premier temps sur des axes de la santé (consommation alcool-drogues, SIDA) et dans un deuxième temps, dès les années 90, vers des démarches visant à créer des ponts entre les jeunes et le monde du travail.

D’une manière générale, les lieux d’accueil destinés aux adolescents passent peu à peu d’une animation qui se préoccupe du temps libre des jeunes en dehors de l’école, à une animation qui a de plus en plus à prendre en considération des jeunes disposant d’ un excès de temps libre, en rupture scolaire, parfois familiale, sans projet et sans occupation. La situation de certains, de surcroît « embrouillés » avec d’autres jeunes ou avec la police, rend complexe le fait de saisir réellement ce qu’ils vivent. Il devient ainsi indispensable d’offrir un espace de sécurité dans lequel ils puissent de quelconque façon s’exprimer. La prise en charge de ces jeunes nécessite de plus en plus des démarches individualisées.

La question de ce nouveau rapport entre l’individu et le collectif associé à celle des incivilités et de la violence entraîne la nécessité de développer de nouvelles actions, complémentaires, au sein des communes dès le milieu des années 90. Des actions qui offrent davantage de mobilité et de proximité avec les jeunes des quartiers. Des projets apparaissent tout d’abord dans les communes suburbaines dès 1994, puis en ville de Genève 1999 menés par des travailleurs sociaux qui vont se définir comme travailleurs sociaux hors murs – TSHM. Cette pratique de l’action sociale repose sur la capacité de mettre en place des réseaux au niveau local, visant la création de réponses adaptées aux besoins des jeunes et à leur mise en lien avec des projets et des acteurs signifiants.

Actuellement on trouve 29 postes TSHM répartis dans les communes du canton et gérés par la FAS’e et 11 postes TSHM en ville de Genève gérés par la Délégation à la Jeunesse - DEJ

En basant le travail sur des attitudes de mise en confiance et de respect de la personne, il s’agit tout à la fois pour ces professionnels, d’être en lien avec des jeunes qui sont en rupture avec l’institution en général et le monde des adultes et, d’autre part d’être observateur, analyseur des problèmes sociaux, capable de décoder les nouvelles formes de précarité qui se mettent en place. Au cœur de la problématique, se trouve la question de l’exclusion dans laquelle l’enjeu pour ce type d’action, est de ne pas perpétuer chez les jeunes cette expérience afin de leur permettre de se construire une autre image d’eux-mêmes. Pour ceci il y a à faire en sorte qu’ils restent en contact avec des activités et des projets qui fassent sens pour eux.


Accueil, insertion et accompagnement à « bas seuil »

On peut situer l’action d’un lieu d’accueil et celle du travail social hors murs exactement à la frontière entre la zone d’intégration et la zone de vulnérabilité. A savoir qu’elle prend tout son sens face à des jeunes qui, pour diverses raisons, quittent les voies « normales » qui leur sont destinées, écoles, formations et qui cumulent les ruptures scolaires et familiales. Pour ceux-ci, être en contact avec ces travailleurs sociaux devient souvent le seul moyen par lequel ils gardent un contact avec le monde des adultes et où ils trouvent à y développer des projets, même minimes, dans lesquels ils puissent continuer à se construire dans des interactions positives et productrices de sens. En effet, certains jeunes n’ont par moment pour seul objectif dans leur journée que celui de se rendre à l’ouverture d’un lieu, certes pour y rencontrer leurs pairs, mais aussi pour donner un rythme à leur temps et vraisemblablement, de façon inconsciente, rester reliés au monde institutionnel.

L. Wicht (2005) situe ce type de dispositif hors du dispositif institutionnel traditionnel, les nommant « dispositifs-supports ». Dans cette catégorie il place:

- les animateurs des secteurs adolescents des Centres de loisirs, Maison de jeunes, dont la fonction essentielle est d’offrir un espace de socialisation sous la forme d’un lieu d’accueil, mais dont la capacité à effectuer des soutiens individualisés s’avère limitée

- la structure de Tremplin-jeunes mise sur pied par l’Office d’orientation professionnelle et qui accueille de jeunes de tout le canton, mais qui pose quelques exigences de base que certains jeunes ont de la peine à respecter

- le dispositif localisé de Travail social hors murs, qui touche essentiellement des jeunes fortement présents dans l’espace public et qui, en fonction des orientations prises au niveau communal et des moyens à disposition, peut être limité en terme de capacité d’accompagnement individualisé des jeunes

- les structures du dispositif Travail social hors murs spécialement dévolues au soutien des jeunes en rupture de formation

L’action de ces dispositifs-supports s’inscrit clairement dans les recommandations faites par M. Eckmann, C. Bolzman et G de Rham qui plaident pour le développement au sein même du no man’s land institutionnel, de dispositifs tels que des antennes de conseil et d’accompagnement vers le retour vers la formation, d’ateliers ou d’entreprises d’insertion ou encore de lieux d’accueil non formels.

Il s’agit dans un premier temps d’offrir un espace de sociabilité différent de celui dans lequel vivent les jeunes, pour mettre l’accent sur la restauration de l’estime de soi, notamment par le fait de rendre visible chez eux ce qui ne l’a pas été ou qui ne l’est pas dans le regard porté par l’école ou la famille, ceci en terme de compétences. Le concept du « bas seuil « consiste à prendre le jeune là où il se trouve et à l’accompagner sur un chemin de reprise de confiance en lui. Au travers de diverses activités de travail, qu’il puisse « retrouver une place citoyenne, le sentiment d’être utile et une gratification financière ». C’est entre autre le sens que donne à son action, l’Association Transit sur la Commune de Meyrin.


Exemple d’un dispositif-support : L’association Transit – Meyrin


A titre d’exemple, cette structure, financée par la Commune mais gérée par un Comité et une petite équipe de travailleurs sociaux, occupe depuis une douzaine d’années une place importante dans la région meyrinoise en ce qui concerne l’insertion des jeunes en difficulté (15-22 ans). Sa démarche consiste à mettre en lien des jeunes en rupture sur le plan institutionnel, parfois familial, avec des adultes et des projets accessibles sur le territoire communal. Ce qui est visé pour ces jeunes, c’est une insertion sociale et professionnelle de proximité, par le biais de liens étroits entretenus avec les services, les associations et les entreprises communales.

Le travail sur les deux axes d’insertion sociale et professionnelle est indissociable, dans le sens que les jeunes qui sont en rupture n’ont la plupart du temps pas ou plus la capacité de s’engager dans un projet de formation ou professionnel strict. En effet, c’est par le rétablissement de liens qui privilégient la reconnaissance de ce qu’ils sont qu’ils vont peu à peu gagner la confiance en eux qui leur permettra de se projeter dans un processus de construction professionnelle. L’accompagnement est jalonné, dans un premier temps de petits Jobs (travaux ponctuels de services, nettoyages, montages d’infrastructures, peinture et rénovation), puis de stages sur plusieurs mois en entreprise ou dans les services communaux (voirie, culture, écoles) et de remise à niveau scolaire visant notamment l’inscription à des tests d’aptitude pour l’entrée en apprentissage. Le soutien et l’orientation individuelles en ce qui concerne les difficultés personnelles (finances, logement, santé, etc) est également une condition pour permettre au jeune de s’engager dans des projets sur le long terme.

Le parcours des jeunes dans cette situation peu s’avérer plus ou moins long et sinueux, comme le montrent les situations de Jonas 22 ans et Michael 19 ans:

- Michael s’est adressé à Transit à l’âge de 17 ans, sur les recommandations de son assistant social du Service de Protection de la Jeunesse, ceci après avoir essayé différente voies comme des stages de longue durée en horticulture, en travail d’employé de ferme ou encore en menuiserie. Aux prises avec une situation familiale difficile, ce jeune vivait dans la rue, à trafiquer et/ou à galérer, à la recherche de lui-même, des ses propres limites mais aussi de celles des adultes intervenants dans son parcours. Après avoir travaillé aux petits Jobs de Transit suivis d’une année de stage au Service de l’Environnement de la Commune de Meyrin, accompagné de cours de remise à niveau scolaire, Michael a pu réussir avec succès les testes d’aptitudes d’entrée en apprentissage de différents métiers et a réussi brillamment sa première année d’apprenti bijoutier.

- Jonas s’est adressé à Transit à l’âge de 17 ans, à la suite d’une rupture d’apprentissage de vendeur. Il avait alors quitté prématurément le Cycle d’orientation pour intégrer un préapprentissage dans un 10ème Degré avec l’objectif de réaliser une formation élémentaire en mécanique automobile, qui s’est ensuite transformé en un préapprentissage de vendeur en électroménager pour finalement s’orienter vers un apprentissage de vendeur en quincaillerie dans une importante entreprise genevoise. Cependant, à la fin de l’année scolaire, ses notes ne lui permettant pas de garder sa place, il s’est retrouvé sans perspective, avec un parcours scolaire chaotique et une très faible estime de soi. A Transit, après une année de stage chez un concierge de la Commune et un important travail sur la confiance en soi, ce jeune homme a pu obtenir une place d’apprentissage de vente dans une station service qui s’est néanmoins rapidement avérée être un échec. Après plusieurs missions temporaires, c’est vers le domaine de la sécurité que ce jeune s’est tourné. Après deux ans de fidèles et loyaux services, il s’est fait licencier et connaît une période de chômage entrecoupée de petites missions temporaires ça et là. Actuellement, il souhaite pouvoir obtenir un complément de formation, car toutes les réponses à ses offres mentionnent le même souci : l’absence de formation initiale.

Si la situation de Michael a trouvé une évolution progressive satisfaisante, l’exemple de Jonas montre bien la difficulté que peuvent avoir certains jeunes lorsque leur parcours scolaire est défaillant. Néanmoins dans les deux cas on voit bien comment le déficit de connaissances de base nécessite de développer après la scolarité des étapes et des paliers pour cheminer vers l’intégration. Une structure à « bas seuil » telle que Transit, trouve son sens dans une logique de « passage » au sein d’une zone de vulnérabilité, vers l’accès aux structures traditionnelles de formation et d’emploi ainsi que vers une stabilité dans l’organisation de sa vie.

Comme on le voit, l’insertion professionnelle reste aléatoire et n’est pas d’emblée garantie par ce type de dispositif, il n’en reste pas moins évident que le maintien du lien social en permanence autour de cette question, peut compenser une intégration fragmentaire ou temporaire durant cette période « charnière » de l'entrée dans l’âge adulte.



CONCLUSION

Pour conclure, il est peut-être ici pertinent de redire que l’accès à l’emploi, au travail reste un facteur d’intégration puissant dans une société de consommation telle que la nôtre et ceci pour deux raisons au moins. La première est le sentiment d’utilité qu’il procure au travers de la place que l’on occupe ainsi dans la société, la seconde pour l’autonomie permise par l’acquisition et l’usage de biens par le biais du salaire. Comme tente de le montrer cet article, cet accès tend à ne plus être garanti pour tous et se profile alors pour certains l’impossibilité d’aller vers cette intégration.

Malgré les efforts que font des acteurs institutionnels et professionnels pour faciliter ce processus et contrer les situations d’exclusion, on ne peut toutefois pas éluder la question que soulève Robert Castel (1995) à savoir que « les efforts dans lesquels s’épuisent les animateurs des quartiers, à rendre possibles des attachements, à structurer des emplois du temps autour des activités qu’ils suscitent, participent, tout comme les petits boulots et les divers stages des programmes d’insertion, au maintien des personnes dans un « état transitoire durable », qui ne représente pas à long terme une modalité d’existence sociale satisfaisante.

Cela nous renvoie à l’incontournable nécessité d’unir les acteurs de la scolarité, de la formation, de l’emploi et de la recherche, dans des réflexions communes, afin de resituer ces différentes fonctions interdépendantes, dans l’évolution actuelle de notre société. L’idée étant évidemment de refuser que nul n’y trouve pas sa place.

BIBLIOGRAPHIE

CASTEL R. (1995). Les métamorphoses de la nouvelle question sociale, une chronique du salariat. Paris. Fayard

DUBET F. (2000). Les inégalités multipliées. Paris. L’Aube/Intervention

ECKMANN-SAILLANT M., BOLZMANN C., DE RHAM G. (1994). Jeunes sans qualification, trajectoires, situations et stratégies. Genève, Les Editions IES

VUILLE M., GROS D. (1999). Violence ordinaire. Genève, Service de la Recherche en Education/SRED

WICHT. L. (2005). Jeunes en difficultés d’insertion à Carouge. Etude de la situation et profil d’une structure de soutien. Genève, Institut d’Etudes sociales – Haute Ecole en Travail social.





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