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anim.ch > Journées > Journées romandes > 2008 26 nov Enfants > Jean Houssaye
  
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Jean Houssaye

Conférence de Jean Houssaye, professeur à l'université de Rouen

Un pédagogue a des convictions. Il promeut des valeurs. Il raconte des histoire... et peut se raconter des histoires....

Les histoires qui suivent sont tirées d'un contexte de colonie de vacances. Au delà de l'offre d'activités, on pratique la pédagogie interculturelle : quel dispositif pédagogique permet l'expression et l'articulation des différentes formes culturelles pour vivre ensemble ?

1ère histoire :

Pour encadrer un petit groupe de 15 enfants provenant de la banlieue parisienne, annoncés comme particulièrement difficiles, on prévoit beaucoup d'animateurs.

Au début, 4 à 5 grands garçons font la loi, et tentent d'échapper à la loi du centre. L'enjeu pour eux est de devenir le chef de la bande. Les alliances sont éphémères. Chacun veut faire ce qu'il veut. Pendant une première semaine, ils y parviennent. Ils ne se rendent pas aux réunions, échappent à toute règle du groupe. Ils refusent la loi commune. A l'heure de la réunion, ils fuient, ils évitent de s'engager. Ils sentent que c'est là que peut se remettre en cause leur statut.

Ils imposent leurs règles : jeu libre permanent, pas de contrôle, influence sur le reste du groupe.

 

Ces enfants ne sont pas exclus, ni inclus. Ils ont une place spécifique qui n'est pas enclenchée avec ce qu'on voudrait que soit la dynamique de groupe, dans la forme pédagogique de la réunion. Ils ont très bien compris, et jouent au chat et à la souris. Ils jouent de leur pouvoir.

 

Les animateurs sont très perturbés. Ils ne parviennent pas à enclencher une dynamique de l'institué.

Les animateurs s'observent entre eux. La bande des 5 narguent la structure et les animateurs. Les animateurs n'arrivent pas à se saisir des enfants. Ils ne trouvent pas eux-mêmes leur propre centre. L'épreuve de force tourne autour de la réunion.

Les animateurs arrivent à établir des liens individuels avec les 5 enfants. Ils prennent du temps pour rabattre les enfants vers les réunions. Les enfants viennent à la réunion, mais la perturbent.


Les choses vont basculer.Parmi les 5 enfants , certains vont réaliser qu'il y a à perdre à ne pas participer aux décisions.

Un soir, la réunion décide d'une soirée crèpe. Ceux qui n'ont pas participé à la décision ne participent pas à la soirée. Le lendemain, 4 enfants participent à la réunion.

La réunion suivante décide d'un nouvel avantage pour qui a participé à la décision.

 

Tout s'est passé en l'absence du seul animateur professionnel de l'équipe. Travailleur social de rue, il avait des contacts individuels avec les leaders parmi les enfants. Il culpabilisait les animateurs de ne pas parvenir à faire régner l'ordre, mais il empêchait le partage entre tous, mettant en échec la capacité de l'équipe d'animateurs à fonctionner comme un centre structurant.

 

Depuis ces réunions décisionnaire, le contact entre les animateurs et les enfants s'intensifie.

Un camping accélère encore les processus.

Alors que l'ambiance était morose, les animateurs reviennent transformés, en phase, solidaires, riant, plaisantant.

Pendant le camping, les enfants ne voulaient que des jeux libres. Les animateurs obtempèrent.

L'essentiel partagé, c'est mainenant les jeux et les relations. Le plaisir est au rendez-vous.

2ème hitoire

Romain, un garçon de 12 ans, va déclencher une mobilisation autour de sa personne.

Ce garçon ne supporte pas la contrariété. Dès qu'il se passe quelque chose, il appelle ses parents et pleure au téléphone. Les parents compatissent, et interviennent au niveau du service enfance de la ville de Clichy. Pour le père, son fils est victime au camp d'une petite crapule. Comment faire en sorte que Romain traite ses problèmes directement ?

On opère en 3 étapes :

  1. Rassurer les parents, en leur disant que, s'il pleure au téléphone, Romain sourit la plus grande partie de la journée

  2. Distancier les parents : leur dire que Romain n'est pas un ange. Organiser que, chaque soir, un animateur donnera des nouvelles aux parents, et que Romain n'appellera plus.

  3. Régler les conflits entre les enfants.

La mère s'excuse, et reconnaît que son fils ne supporte pas la contradiction

Réunir les enfants entre eux réduit les passages à l'acte.

Romain appelle ses parents une fois par jour en présence d'un animateur. Les parents demandent deux appels par jour, matin et soir, mais l'équipe refuse.

Conclusion : naître est une chose, se séparer en est une autre.

 

3ème histoire :

Ashley, une petite peste de 11 ans, est leader de son groupe. Elle entre en fureur à cause d'une souris et sème la tourmente dans son groupe. Un jeu permettait de gagner une vraie souris pour la journée. Ashley gagne la souris, qui se glisse dans le lit de Nathalie qui s'assied sur le lit et écrase la souris. Le directeur annonce le soir que Ashley doit rembourser la souris avec son argent de poche. Elle saisit sa mère qui annonce qu'elle veut payer elle-même la souris.

Quelques jours plus tard, un animateur tente de calmer Ashley qui envoie un coup de pied à l'animateur. Or, sa petite soeur, Shana, dépose plainte pour avoir été frappée par l'animateur...

 

4ème histoire :

Nassim , 9 ans, prend la fuite pour rejoindre le giron maternel. Nassim se saisit du téléphone pour appeler sa maman. Il pleure et veut repartir. La mère répond « fais ta valise, on vient te chercher ». Elle appelle le directeur pour le lui annoncer. Le directeur temporise. Sans effet. Le cousin de Nassim interroge Nassim pour savoir pourquoi il veut partir. Nassim répond qu'il s'ennuie.

Finalement, il décide de rester, mais la famille est déjà en route.

Le soir, le père est furieux contre son fils : « tu as de la chance et tu ne veux pas en profiter. »

Le grand-frère est également fâché contre son petit frère.
La mère répète que son dernier fils n'est pas fait pour les colonies de vacances.

Le lien mère-enfant s'est tendu sur cette double contradiction :

  • sois grand mon fils

  • toi qui est mon dernier, reste avec moi

Elle avait établi une sorte de contrat avec son fils avant son départ : « sois grand, mais, si tu le désires, nous viendrons te chercher. »

Dans cette fusion-confusion, Nassim a choisi la fuite.

 

Qu'est-ce qui caractérise les « bons » et les « mauvais » enfants ?

Les animateurs apprécient l'autonomie... si elle n'est pas trop forte.

Un « bon enfant » n'est pas agressif, ni hostile dans son rapport aux adultes. ..

C'est quand la relation est coupée que l'enfant devient un mauvais enfant pour l'adulte.

 

Echange avec la salle :

L'ambivalence est normale : je suis bien là et je suis bien avec mes parents. Les deux choses sont vraies en même temps, pour les enfants et pour les parents. Quand on est d'un côté, l'autre resurgit.





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