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rencontre avec Pierre Varcher, du comité de St Jean
Un article de Laurent Emaldi, Marc Remund et Aleksandr Thibaudeau

« Top-Down : l'unique modèle de démocratie ?»
Le monde de l'animation socioculturelle est en perpétuel mouvement. Le militantisme
en est une des directions. Rétablir ou plutôt conserver une intégration du citoyen,
expert de sa ville, dans les décisions politiques. Permettre au milieu associatif de
conserver une marge de manoeuvre dans la réalisation des politiques publiques. Estce
là le rôle d'une Maison de quartier, d'un Centre des loisirs et/ou des animateurs
socioculturels que de se battre pour ces valeurs ? Leur mission n'est-elle pas plutôt
de « redonner la vie » à un quartier et à ces habitants, au lieu de se battre pour
légitimer leur action ? Doivent-ils lutter pour que la définition de la démocratie ne
change pas ? « La souveraineté émane du peuple1 ».

En animation socioculturelle, le mot «militantisme» désigne un engagement fort,
fondé sur des valeurs fondamentales, telles que la dignité humaine, la solidarité, la
promotion de la diversité culturelle et intergénérationnelle, le maintien du lien social,
etc.

Dans un contexte associatif, ce militantisme prend une dimension politique toute
particulière et se réfère au concept de « démocratie participative ». La démocratie
représentative, quant à elle, désigne dans cette logique une légitimité démocratique
opposée : celle du suffrage universel, du fait majoritaire et de l'omniscience des
experts.

Pourtant, dans leur gestion du quotidien, les comités des Centres de loisirs doivent
composer et négocier avec les élus municipaux et cantonaux qui leur accordent des
locaux et des subventions. Et bien que reposant sur des axiomes qui, de prime abord,
sont antagonistes, ces deux formes de démocratie sont bien souvent complémentaires :

« l'égalité de tous les acteurs impliqués dans la reconstruction permanente de collectifs
suppose l'existence de la démocratie: il ne s'agit pas de
supplanter la démocratie représentative en place mais de la compléter, de donner à
chaque individu la possibilité d'agir, de devenir un acteur social».

Or, face aux aléas du processus participatif, à la faible mobilisation des habitants et,
par conséquent, à la fragilisation du tissu associatif, animateurs socioculturels et
bénévoles voient la légitimité de leurs actions s'effriter au profit d'une politique de
plus en plus injonctive, selon l'adage tristement célèbre « qui paie, commande ».

Dès lors, les Maisons de quartiers se retrouvent dans la contrainte de déposer des projets
en concordance avec la politique sociale en vigueur, pour pouvoir bénéficier des
financements nécessaires à leur fonctionnement. C'est ainsi que la participation se
transforme graduellement en « outil » au service d'une commande politique et que
les associations perdent peu à peu de leur autonomie en faveur d'une sous-traitance
pernicieuse de l'État.
Dans un tel contexte, comment les Centres de loisirs peuvent-ils favoriser le débat et
l'engagement civique ? Comment gèrent-ils la multiplication des injonctions
politiques, alors qu'ils aspirent depuis leurs origines à faire émerger la citoyenneté en
oeuvrant dans la proximité ? Comment conjuguent-ils l'émergence du « New public
Management » avec leurs valeurs militantes et leur ambition de peser dans les rouages de la démocratie ?
Quelle place leur reste-t-il dans les processus de diagnostic et d'élaboration de projets collectifs ?

Alors qu'une certaine élite politique a appris à manier de manière fort habile l'alibi
participatif, il semble utile de rappeler qu'« information » et « consultation » ne
signifient en aucun cas « participation » au processus de décision.

En effet, celui qui consulte ne s'engage que rarement à tenir compte des avis formulés.
Il convient dès lors de poser ouvertement la question de « la pertinence du maintien [des]
associations et de leur éventuelle dissolution » dans une période où ces espaces
d'apprentissage démocratique ne sont plus considérés comme tels.
Le renforcement des contraintes administratives et économiques passant par la
contractualisation des projets3 contribue fortement à exclure des processus de
conception et de mise en oeuvre les bénévoles du tissu associatif de l?animation
socioculturelle. À l'heure du contrôle bureaucratique à tout va, le risque de la
« municipalisation » des Centres est alors bien réel, et l'émergence d' « ersatz » (du
type nouvelles Maisons citoyennes et autres Espaces de quartier tels que « Le994 »)
fonctionnant sans structure associative tend à légitimer cette crainte.

À terme, c'est le pôle de militance de l'animation socioculturelle qui risque de
disparaître de son référentiel. Et ne pas s'interroger sur la dimension politique
intrinsèque à cette filière du Travail social revient à précipiter prématurément son
extinction.
Étudiants à la HETS-IES selon la formule « en cours d'emploi », nous caressons
l'espoir de pouvoir relever les défis démocratiques qui nous attendent à la fin de
notre formation. Pour se faire, nous sommes convaincus que la reconstruction
permanente des collectifs implique un engagement éthique, idéologique et militant.





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