recherche
anim.ch > Journées > Journées romandes > 2009 22 sept. Genève dialogue employeurs-professionnels > Compte rendu des ateliers du 22 septembre 2009
  
login
pass
  
Compte rendu des ateliers du 22 septembre 2009

DIALOGUER SUR LES ENJEUX DE L’ANIMATION SOCIOCULTURELLE
JOURNÉE DU 22 SEPTEMBRE 2009
Organisée par la Plateforme romande de l'animation socioculturelle
et la Haute Ecole de Travail Social, Genève


A. Introduction

Cette journée a été organisée par la Plateforme romande de l’ASC et la HETS, principalement les enseignants de l’orientation ASC.

L’objectif de cette journée de travail est de mettre en perspective les représentations des enjeux actuels de l’animation socioculturelle au travers des différents regards des nombreux acteurs agissant dans ce champ : les employeurs et les politiques, les professionnels et les militants associatifs, les enseignants et les étudiants.

L’objectif est de construire une réflexion commune pouvant rendre compte d’avis différenciés, de débattre les questions de politiques à mener dans le champ de l’animation socioculturelle engageant l’ensemble de la Suisse francophone.

On le sait, l’univers du travail social est en pleine mutation, que ce soit sur les terrains comme dans les écoles. L’arrivée des différents niveaux de certification bouscule fortement les pratiques. Le diplôme HES en travail social va également transformer les représentations et les délimitations entre les trois métiers historiques. Du côté du contexte social, les problématiques auxquelles répondre se complexifient et les orientations pour l’action sociale sont difficiles à identifier.

L’animation socioculturelle a toujours porté en avant de nouveaux regards, de nouvelles voies d’action, prenant souvent des détours, des chemins de traverse. Elle expérimente et se définit par ses actions, elle est portée par ses projets, et en cela, elle reste un métier extrêmement contemporain.

Elle est passée d’une logique militante à une logique de professionnalisation, tout en ayant réussi à ne pas laisser pour compte la part de la société civile engagée dans les processus de décision.
La recherche s’intéresse fortement à ce champ, de nombreux écrits voient le jour.
Les colloques internationaux sur l’animation socioculturelle, dont le dernier au Québec en octobre 09, donnent une assise mondiale à ces pratiques professionnelles.
En Suisse, le fait d’être aujourd’hui regroupées en une association faîtière comme la Plateforme romande de l’animation socioculturelle assoit la légitimité du métier.

Il n’est plus l’heure de s’interroger sur l’identité professionnelle ou encore sur le besoin de reconnaissance de cette profession. Elle est actuellement largement insérée et reconnue. Il ne s’agit plus de se réinterroger sur ce qu’elle devrait être, ou encore sur ce que les individus souhaiteraient qu’elle soit, mais bien plus, chercher à travers l’action, ce qu’elle apporte dans ses spécificités et ce qu'elle est susceptible de développer.

L’animation se diversifie, évolue en lien avec les problématiques qu’elle rencontre, auxquelles elle se confronte. Elle est dynamique, elle parvient à articuler théories et pratiques, elle s’appuie sur des méthodologies adaptées aux situations et structures actuelles.

Toutefois, pour garder son caractère fort, elle se doit de s’appuyer sur son passé, sur ses assises, ses origines. Que ce soit du côté de l’éducation populaire, du développement communautaire ou encore de l’éducation informelle, elle se doit de garder un axe central qui reste la dimension d’émancipation, désireuse d’instaurer une place et des espaces de décision participatifs au sein de la société civile.

Elle possède des dimensions politiques et critiques nécessaires à son développement. Elle ne s’attache pas à trouver des solutions ficelées, mais à mettre en œuvre des espaces de réflexion et d’action en faveur de son public. Elle garde en son centre la dimension socioculturelle, dans ses dimensions larges, pour travailler autant avec la jeunesse que sur les dynamiques du vivre ensemble au sein d’un quartier, ou encore sur les questions liées à l’intergénérationnel. Elle développe des outils d’intervention riches et efficaces, en interdisciplinarité, favorisant le travail en réseau.

C’est en affirmant une identité forte portée par des valeurs guidant l’action qu’elle peut, sans crainte, explorer de nouveaux champs d’action.

Aujourd’hui nous sommes le 22 septembre 2009 et un collègue m’a rappelé la force symbolique de cette date. Le 22 septembre 1993 se signait à Genève la Charte cantonale de l’animation socioculturelle par l’ensemble des partenaires : bénévoles, professionnels et instances politiques.

A n’en pas douter, cette nouvelle journée de travail devrait porter en elle le prolongement de cet élan participatif qui s’était concrétisé par cette manifestation de signatures, à ciel ouvert, au sein d’un parc public.

Joëlle Libois, le 22 septembre 2009


B. ATELIERS

Les professionnels et les membres associatifs, les pouvoirs publics et les permanents institutionnels, les étudiants et les formateurs, provenant des différents champs de l’animation socioculturelle de Suisse romande – réunis le 22 septembre 2009 à la HETS Genève – ont eu l’occasion, en deux temps d’atelier, d’identifier et d’échanger autour d’un certain nombre de défis et enjeux auxquels ils sont confrontés dans leur pratique au quotidien.


1. Atelier des pouvoirs publics et permanents institutionnels

Cet atelier était animé par :
Joëlle Libois , responsable de la filière Travail Social, HETS-Genève
Alain Simonin

Cet atelier a regroupé des responsables d’organismes engageant des animateurs socioculturels des cantons de Vaud, Neuchâtel et Genève. Il est relevé l’absence des représentants des milieux politiques, n’ayant pas pu se libérer pour cette journée de travail.


1.1 Défis et enjeux sociaux

Le débat démarre sur le périmètre des champs de l’ASC, spécifiquement en ce qui concerne l’insertion professionnelle. Est-ce que ce champ fait partie ou non des objectifs de l’ASC ? Une distinction entre insertion professionnelle et intégration sociale est nécessaire. L’intégration fait pleinement partie du périmètre de l’ASC.
Il ressort qu’il y a intégration au sens où on développe une adaptation réciproque entre deux types de personnes (par ex. école-jeunes, etc.) qui doivent trouver comment cohabiter ensemble. Il importe que les jeunes en rupture puissent trouver leur chemin, mais ce n’est pas le travail des animateurs socioculturels que de les insérer professionnellement. Travailler avec les jeunes en animation socioculturelle implique une activité sur le lien social dans l’interaction entre personnes.
L’ASC est là pour mettre en avant les compétences et non pas pour combler les manques, mais en même temps l’ASC se doit de prendre en compte le niveau de l’insertion professionnelle. On le voit, cette question fait débat et aucun accord n’a prévalu au sein de l’atelier.

Du côté des TSHM ou des animateurs dans les centres, le travail est en mutation, un accent est mis sur le travail individuel. Au niveau politique, cette volonté s’affirme, alors qu’auparavant, les politiques restaient désarmés en termes de politique de la jeunesse. Des initiatives du Conseil d’Etat de Genève visent la prévention mais aussi l’insertion professionnelle.
Pour le canton de Neuchâtel, à la Chaux-de-Fonds, les programmes de prévention et d’insertion sont inscrits dans la politique. Il est relevé que le manque de représentants des politiques dans cet atelier est préjudiciable au travail d’une vision d’ensemble des enjeux actualisés.
Pour le canton de Vaud, il est noté la difficulté de mettre en place de nouveaux projets. Les partis inscrivent une politique de la jeunesse dans leurs programmes, mais il n’y a pas grand-chose de concret qui se réalise. L’ASC évolue, change, mais reste très présente en tant que « centres de loisirs pour jeunes mal insérés. » Ce cliché est encore très présent. L’ASC est un outil d’intégration, de prévention, plutôt que de consommation.
Pour la ville de Genève, la mise en place des Unités d’Action Communautaires (UAC) répondait à l’attente de développer quelque chose de différent, selon 3 fonctions : repérage du terrain, connaissance du territoire, connaissances des acteurs, dans la conviction que les gens ont des compétences pour agir collectivement sur leur territoire, par empowerment.

L’articulation aux projets des politiques publiques est relevée comme souvent problématique. Est-ce que, par exemple, les loisirs permettent de développer une valeur d’intégration, fédératrice ? Au niveau politique, le travail qui est fait est peu valorisé et cette dimension importante de l’ASC est souvent tenue dans l’ombre. Toutefois, vouloir faire reconnaître l’ASC est une fausse question, ou une question dépassée. Il faut construire des objectifs, des prestations à proposer au politique. Présenter une nouvelle vision de l’ASC au niveau politique.

Un des enjeux actuels est la prise en compte des personnes ayant des troubles psychiques. Les professionnels sont désarmés devant cette problématique, très présente dans les publics de l’ASC. Pour répondre à cette problématique, il ne faut pas envisager la création de nouvelles structures. La politique en matière de psychiatrie vise à laisser les gens de plus en plus à leur domicile. Elle préfère une approche qui vise la restauration du lien social, l’attention portée sur les compétences des gens, plutôt que sur leurs problèmes, une approche systémique, de mise en liens, d’intégration multi et interculturelle. Les jeunes en rupture de formation viennent majoritairement de la migration, sur plusieurs générations. Il y a là un champ à développer pour l’ASC.


1.2 Politiques et lignes d’action envisageables

Il est relevé que l’approche par projet comporte le risque d’être évaluée selon les sensibilités des porteurs des programmes politiques ; il faut être attentif au caractère aléatoire de cette approche. L’ASC doit être instaurée comme une politique publique par des prestations inscrites dans un programme de législature. Quand un mandat est inscrit dans un programme de législature, il va au-delà des magistrats. Une projection est possible sur un certain temps.
Les politiques auront l’obligation d’aller sur le terrain, et de valider ces prestations. L’animateur est un gestionnaire de ressources. L’ASC est un poumon entre terrain et politique. Est-ce envisageable au travers des contrats de prestation ?
Il s’agit de préciser les notions de gouvernance, de projets et de prestations. La gouvernance, c’est être capable de lâcher du lest, gouverner ensemble entre politiques et habitants. C’est différent si le travail est sur projet, ou s’il est inscrit comme prestation dans le programme politique. Il faut former les ASC à cette évolution sur le terrain. Une prestation doit répondre à un objectif principal, comme la prévention de l’alcool en milieu ouvert, il en découle des objectifs spécifiques. Les animateurs les fixent avec les partenaires spécialisés, pour définir des actions, comme la présence, l’ouverture des maisons de quartier, etc., et ils fixent des critères d’évaluation.
Des contrats de prestations sont établis entre politique et terrain, mais le terme « prestations » pose problème. La vision est trop abstraite du côté politique, et les animateurs ont ensuite le « nez collé » à leurs prestations. La prestation du terrain est dévalorisée par les politiques. Les langages n’arrivent pas à se rencontrer.
Il est relaté une expérience à la Chaux-de-Fonds, où l’ASC est une mission de la Ville. Un changement de vision s’est opéré : on passe de l’ignorance entre politiques et ASC, à la reconnaissance. Concernant la politique de la jeunesse, un texte est inscrit et reconnu par le législatif ; au niveau de cette politique jeunesse, les animateurs travaillent sur toute la population, c’est un avantage, dû aux décisions politiques des deux dernières législatures. Il y a un travail de participation entre chefs de service et politiques. Dans les textes, les jeunes font partie de la société, ils ne sont pas à « intégrer », et tous les liens entre eux et d’autres habitants sont inscrits.

Il paraît intéressant d’inscrire des objectifs dans les programmes de législature. Que ces textes soient plus précis, avec ce qu’ils veulent atteindre ou les effets souhaités. En Suisse romande, il y a peu de politiques de la jeunesse, mais peut-être faut-il parler de politique familiale, ou de politique de proximité qui tient compte de tous ? Il faudrait éviter d’opposer politique de la jeunesse, de la vieillesse, etc.
On peut également relever que le politique est plus présent aujourd’hui, particulièrement sur le canton de Genève, et que ça pose problème aux professionnels.
En Suisse allemande, l’ASC est davantage aux mains des associations et des citoyens. En Romandie, le pouvoir est de plus en plus aux mains des pouvoirs publics au détriment des capacités, de la créativité du monde associatif et de la société civile. Il faut bien définir les contrats de prestations permettant de mieux définir les attentes et les objectifs, et laisser la mise en application aux mains des professionnels. Il ne faudrait pas tomber dans le piège inverse qui donnerait trop de pouvoir à l’Etat.
C’est un partenariat animateurs – politique qu’il faut viser. Il est souhaité une articulation entre la légitimité du politique et le capital des professionnels, entre les décisions du politique et les intervenants de la proximité « réflexive » (praticien réflexif) pour converger vers la mise en valeur des publics.
Toutefois est-ce que les jeunes professionnels sont aptes à discuter à la fois avec les jeunes et les politiques ? Qui doit assurer ce rôle de passeur ? Peut-on avoir en même temps des compétences pour parler au politique et aux jeunes ? Il faut mieux se compléter entre métiers et fonctions. Il y a une méfiance entre les métiers, une appropriation des publics par les TSHM ou les animateurs des centres, par rapport aux responsables des organismes ou aux membres des comités.
Le besoin d’intermédiaires dépend aussi de la taille de l’institution ou de l’association. Idéalement, il faudrait travailler pour des associations autofinancées. Le nœud du problème est de savoir diagnostiquer et partager, entre corps de métier et avec le politique ; mesurer et évaluer l’action, qui doit être aussi partagé. Il faudrait développer des outils d’évaluation quantitative et qualitative.
Pour une véritable politique de proximité, le diagnostic est à partager entre des personnes de compétences très différentes. La mise en œuvre demande une volonté de transversalité, à tous les étages : terrain, chefs de service, politique.
Que fait l’animateur au sein des diagnostics partagés ? Quel rôle et quelles compétences demander aux animateurs ? Un rôle d’agent de réseau, qui fait participer les gens, les amène à partager. Il importe de définir les rôles.

Il est important par rapport à la jeunesse de parler de la question de la jeunesse, et non pas en termes de problème. C’est un changement de vision important ! « La jeunesse » fait partie de la société en devenir, est-ce un problème ou une question ? Il importe de se mettre d’accord sur ce point afin de pouvoir élaborer une politique de la jeunesse adaptée.

Le nouveau métier d’assistant socio-éducatif de niveau CFC est à intégrer dans les actions d’animation.

Synthèse :
• Développer une politique pro-active pour la jeunesse, faisant partie de la société.
• A partir de cette politique, préciser les attentes de prestations.
• Cette politique relie intervenants (proximité réflexive) et politiques.
• Dans cette articulation s’inscrit le contrat de prestations.
• Le diagnostic est effectué avant l’action, et partagé avec les acteurs.
• Inscrire les éléments du diagnostic dans un programme de législature.
• Définir l’évaluation, avec des critères, de l’action, d’une part, et des personnes, d’autre part.
• Nécessité de poser un programme dans une législature pour une politique de proximité. Ce diagnostic nourrit le programme pour mettre sur pied des prestations sur la durée.
• Poser la question du diagnostic partagé (entre intervenants, public, politique), de l’évaluation partagée ? De la clarification des rôles ?
• Etre dans la transversalité à chaque niveau.


1.3 Questions et apports sur le métier et la formation


Comment faire pour que l’ASC prenne une place forte dans les politiques publiques ?
On voit des tentatives de résolution des problèmes sociaux par les professionnels et par les politiciens, mais il y a peu d’échanges et de compréhension entre ces deux mondes différents. Au final, les politiciens décident. Comment faire en sorte que le travail de l’ASC soit connu et reconnu au niveau politique ?
Comment coordonner savoirs, connaissances, et volontés des politiques et du terrain ? Le terrain ne veut pas seulement appliquer les politiques publiques. Comment coordonner un discours commun, avec des rôles respectifs, comment faire pour que les jeunes restent ou deviennent citoyens ?
Anciennement, l’ ASC était plus politisée et militante ; au niveau de la formation, il faut affirmer un rôle de médiateur, avec la population vers les politiques, et vice-versa. L’animateur défend les jeunes auprès du politique, et vice-versa dans un second temps. C’est un vrai travail de dire au politique d’aller voir le terrain. La formation devrait se concentrer sur le niveau politique. Même si ça ne va pas plaire à tous. Le travail social est constamment dans le réactif. Il faut agir sur les causes, la prévention. Il y en a ras-le-bol du réactif, sans succès à long terme.

Au niveau de la formation, il faut mettre l’accent sur l’évaluation de l’action, le travail en réseau et le diagnostic social partagé.

Du côté du diagnostic :
Il est noté une faiblesse chez les professionnels en termes de diagnostic local partageable et partagé avec les autorités de proximité que sont les communes. Comment dialoguer sur un programme et la place des uns et des autres, s’il n’y a pas de discussion sur le diagnostic de la situation ? Pour construire un accord, il faut pouvoir dialoguer sur ce diagnostic. Le diagnostic doit être posé ensemble, avec la participation des habitants, des politiques, des professionnels, pour poser ensemble des objectifs.

Du côté de l’évaluation :
Développer des outils d'évaluation quantitative et qualitative.
Les DRH ont un rôle à jouer, dans l’évaluation périodique, mais aussi dans le tissage de liens avec les lieux de formation, par rapport à la formation continue, aux compétences à développer.
Il est difficile de remettre en question les projets, avec une vraie évaluation, des indices, des critères, des barèmes.
L’évaluation des actions et l’évaluation des employés est à distinguer.
L’évaluation doit être partagée, comme les critères. Les indicateurs suscitent des craintes. Il y a nécessité à ce qu’ils soient qualitatifs et quantitatifs, et partagés.
Qui mène ce processus de diagnostic social ? Comment se mettre d’accord sur des indicateurs, pour observer, et évaluer ?
En conclusion :

- Demandes adressées à la formation : travail en réseau, outils d’évaluation.

- Eléments pour les professionnels : « partager », sortir le nez du guidon, oser être partenaires ; développer une capacité au diagnostic et à l’évaluation de l’action.

- Défis : intégration, insertion, visée citoyenne.

- Intentions : partage du diagnostic, inscription dans une législature.


1.4 Questions de l’atelier des pouvoirs publics et permanents institutionnels

Travail de groupe très enrichissant grâce à la diversité des villes et des cantons représentés.


1ère partie : défis et enjeux sociaux

Travailler à l’intégration, à la prévention, et l’insertion dans une perspective citoyenne.


2ème partie : politiques et lignes d’action envisageables

? Comment les intervenants sociaux et les politiques (élus et chefs de service) peuvent-ils être partenaires dans le développement de politiques de proximité (aux plans communal, cantonal et fédéral) ?

? Politique de proximité = activer un potentiel de compétences à toute la collectivité (la jeunesse n’est pas un problème en soi)

? Développer le diagnostic social partagé : avec le politique, avec d’autres intervenants, avec le public

? Inscrire les éléments du diagnostic social dans un programme de législature


Questions à débattre :

? « Les professionnels doivent oser être des partenaires dans l’élaboration des politiques publiques. »

? « Comment les professionnels peuvent-ils pratiquer l’évaluation des actions menées de manière partagée ? »

? « Les instances de formation doivent développer l’apprentissage du travail en réseau, du partenariat et du lien au politique. »

? « Les instances de formation doivent enseigner la mise en œuvre d’outils d’évaluation. »


2. Atelier n°1 des professionnels et militants associatifs

Cet atelier était animé par :
Ulrike Armbruster Elatifi, chargée d’enseignement à la HETS Genève
Yves Scheidegger, membre du comité de la Plateforme

Etant les plus nombreux, militants associatifs et professionnels étaient répartis entre deux ateliers.

2.1 Défis et enjeux sociaux

Les participants ont mis en évidence divers axes :
Premièrement, il est relevé par les professionnels et membres associatifs que l’essence même du travail de l’animateur est de (re)donner vie aux mouvements associatifs. A travers des moments de rencontre, d’échange et de débat, l’animateur aide la population à développer une capacité d’action citoyenne, à déterminer ses besoins et défendre ses intérêts. Il s’agit de travailler avec les gens et non pas pour les gens. Cette facette du travail de l’animateur doit être explicitée et « visibilisée » auprès des politiques.

Un deuxième élément fondamental du travail de l’animateur concerne la culture du lien. Le renforcement des liens favorise l’évolution d’une société plus constructive, durable et respectueuse. Dans cette perspective, l’animateur doit encourager les liens interinstitutionnels, interculturels, intergénérationnels et citoyens afin d’améliorer le mieux vivre ensemble. Ce lien peut également être travaillé à un niveau individuel. L’animateur doit alors créer un lien de confiance avec la personne en difficulté dans le but d’être le relais vers d’autres structures plus à même de répondre à sa situation.

Troisièmement, les participants défendent l’approche collective de l’animation socioculturelle, valeur fondamentale et fondatrice de ce métier. Ils insistent sur le fait que la dimension du collectif peut s’exprimer à travers l’organisation ponctuelle d’événements tels qu’une fête de quartier, etc., mais doit aussi prendre place dans le travail au quotidien : par exemple permettre aux enfants participant aux activités du mercredi de construire un projet entre copains, avec les parents...
Pour les professionnels et membres associatifs, la dimension collective invite l’animateur à être créateur de liens et ils demandent à le rester. Néanmoins, les participants soulignent que leurs interventions ne se limitent pas uniquement au collectif et que la dimension individuelle et éducative est également présente. Mais pour eux, l’approche individuelle n’est pas une priorité, elle a pour finalité d’amener l’individu au collectif. Il est souligné que le professionnel doit trouver un équilibre entre ces deux fonctions et qu’elles ne peuvent pas être dissociées.

Quatrièmement, les participants ont aussi relevé que la notion d’évaluation de l’action était rarement maîtrisée dans la présentation de leurs actions (bilans d’activités, compte-rendus de projet, etc.). Il a été suggéré que l’enseignement de la culture et des processus d’évaluation soient suivis de près par les HES en travail social.

Enfin, la question de la dimension politique dans le champ de l’animation socioculturelle aujourd’hui est apparue comme une préoccupation majeure des professionnels et des membres associatifs. Cette journée a permis d’échanger sur la place et le rôle des différents acteurs au niveau de la Romandie.

Concernant Genève, la tension existante entre l’instance politique (le Département de l’Instruction Publique), l’employeur (la Fondation pour l’animation socioculturelle) et les professionnels est apparue très rapidement et a largement dominé le débat. Les participants ont fait part de leur crainte que les impératifs de tutelle deviennent plus forts que les impératifs de terrain. Ils observent que, de plus en plus souvent, le politique impose une vision sans tenir compte de la réalité du terrain et du diagnostic social fait sur la base des expériences et des observations des professionnels.
Dans d’autres cantons, les rapports entre les trois acteurs – politiques, employeurs et professionnels – semblent moins tendus. Les relations avec le pouvoir politique sont décrites comme cordiales, soutenantes. Il est davantage admis que le politique, en tant que subventionneur principal, est un partenaire incontournable du champ de l’animation socioculturelle. Il lui appartient de décider des grandes lignes stratégiques de la politique sociale du canton ou de la commune. Afin que cette politique soit au plus près des besoins et de la réalité des populations, il importe qu’il ait une bonne connaissance de la vie de la Cité. C’est aux professionnels de l’animation socioculturelle – en tant qu’experts – de fournir ce diagnostic social.
Cependant, il est constaté que la méconnaissance du métier de l’animation par le politique est à l’origine de certaines tensions. Les politiques ne connaissent pas ou peu le travail de l’animateur, et le professionnel de l’animation peine à expliciter son travail et à valoriser ses résultats. Il a été admis qu’un effort important serait à fournir de la part des animateurs en démultipliant les écrits, en améliorant la communication sur leur métier, en mettant en valeur leur pratique. Une autre source de tension résiderait dans la temporalité des approches. Tandis que le politique planifie sur le court terme en fonction d’un calendrier budgétaire, le travailleur social intervient sur le long terme. Le lien avec les usagers se construit lentement, patiemment. De ce fait, les résultats ne sont pas immédiatement mesurables, explicitables.
Des rencontres régulières et constructives entre professionnels et politiques sont apparues comme pistes possibles pour re-construire la confiance et un véritable partenariat.


2.2 Politiques et lignes d’action envisageables

Les participants de cet atelier ont dégagé cinq enjeux et lignes d’action :

1. Enjeu « animateur socioculturel »
Reconnaissance des compétences et de l’expertise du professionnel qui légitiment ses choix d’action.

2. Enjeu « public » Consommation versus participation. Il s’agit de mettre en avant le fait qu’il ne faut pas juste favoriser les activités qui se consomment, mais valoriser la participation, l’implication et la responsabilisation des usagers au travers de projets.

3. Enjeu « politique » Partenariat – coopération/productivité – logique économique et électorale.
Les participants visent, à travers une posture de partenariat et de coopération, le dialogue et la discussion entre les politiques, associations, communes, canton et professionnels. Ils espèrent ainsi que les acteurs se rencontrent et s’écoutent. Il est également rappelé qu’au niveau politique, l’enjeu électoral et la pression économique exigent de mettre en avant la productivité, alors que l’animation vise des processus.

4. Enjeu « associatif » Défense de la capacité collective de créer, d’amener le changement et l’esprit critique.
Membres associatifs et professionnels tiennent à une démocratie représentative et défendent la dimension associative, le collectif ainsi que la capacité des gens à trouver des solutions à leurs problèmes et à répondre à leurs besoins.

5. Enjeu « culturel » Expression créative comme générateur de lien social : la dimension culturelle crée du lien social. Elle est un moyen pour le citoyen de s’exprimer et se faire entendre au travers de l’expression artistique ou autre...


2.3 Questions et apports sur le métier et la formation

Les membres associatifs et professionnels ayant participé à cet atelier ont fait ressortir plusieurs axes de réflexion :
Premièrement, ils ont relevé l’importance d’intensifier l’effort de valorisation du métier de l’animation socioculturelle. Les professionnels, les membres associatifs, les employeurs et les formateurs ont leur rôle à jouer dans cette défense du sens et des valeurs de la profession.
Par ailleurs, les participants ont exprimé la nécessité de renforcer la collaboration et les contacts entre professionnels au sein d’un canton, d’une commune. En effet, il a été observé que le développement récent de l’animation socioculturelle dans plusieurs cantons et communes romands crée un sentiment d’isolement et de solitude chez le professionnel. Dès lors, le souhait de développer davantage localement les liens entre les équipes a été exprimé. A ce titre, la plateforme romande de l’animation est un des lieux privilégiés de rassemblement qui permet aux professionnels de se regrouper et de questionner leur travail. Aujourd’hui, il a été souhaité que ce mouvement s’étende à un niveau plus local. Qui en prend l’initiative ? En Valais, les animateurs se sont rassemblés dans le secteur animation de l’association AVALS.
Troisièmement, l’absence d’une instance neutre de médiation, de représentation en cas de conflit a été constatée. Les participants se sont questionnés sur le rôle que pourrait jouer la plateforme romande dans de telles situations. L’idée de créer un groupe de réflexion et de soutien a donc été évoquée comme piste envisageable.
Enfin, l’écriture d’une charte de l’animation socioculturelle au niveau romand a été proposée. A Genève, la charte cantonale date de 1993. En Valais, le secteur de l’animation de l’AVALS* a développé un tel document de référence. Il est, par ailleurs, très actif au niveau de la promotion du métier dans le canton : réalisation d’une vidéo, organisation d’une journée sur l’animation en Valais, etc. Ce type d’actions demande un important investissement en temps, et les professionnels regrettent l’impossibilité de les intégrer dans leurs heures de travail. Il est rappelé qu’il existe une charte romande des travailleurs sociaux hors murs. Pour conclure, les participants estiment qu’une charte au niveau romand donnerait force et impact au mouvement de l’animation socioculturelle dans son ensemble.

« Si innover consiste à vouloir le changement, alors innover revient toujours à perturber, à rendre relatif, ce qui doit justement être stable et permanent. »


2.4. Questions de l’atelier des professionnels et militants associatifs n° 1


1. Enjeu « animateur socioculturel »

Reconnaissance des compétences du professionnel qui légitiment ses choix d’action

2. Enjeu « public »
Consommation Versus participation

3. Enjeu « politique »
Partenariat – coopération Versus Productivité – logique économique et électorale

4. Enjeu « associatif »
Défendre la capacité collective de créer, d’amener le changement et l’esprit critique

5. Enjeu « culturel »
L’expression créative comme générateur de lien social



3. Atelier n°2 des professionnels et militants associatifs

Cet atelier était animé par :
Roland Junod, chargé d’enseignement à la HETS Genève
Danièle Warynski, présidente de la Plateforme romande de l'ASC

L’atelier s’est donné pour objectif de définir des lignes d’action pour une politique d’animation socioculturelle en partant d’un diagnostic actualisé : que saisissons-nous des évolutions de la société sur nos terrains d’intervention, et comment répondre aux défis (nouveaux ou anciens) ? Comme les autres ateliers, il s’est déroulé en trois temps : un premier consacré aux défis et enjeux sociaux, un second aux politiques et lignes d’action envisageables, le troisième aux questions et apports sur le métier et la formation.


3.1. Défis et enjeux sociaux

Les participants à l’atelier ont synthétisé leurs idées sur post-it et les ont classées par thèmes (ceux qui apparaissent ci-dessous).

Professionnels et dynamiques associatives
Face aux pressions politiques et à la complexité de la tâche, les dynamiques associatives, de l’avis des participants, marquent un certain essoufflement. Peuvent-elles encore jouer un rôle citoyen ? Les animateurs peuvent-ils les encourager à jouer ce rôle ?

Tout le monde s’accorde à dire que les militants associatifs sont des acteurs politiques et non des exécutants des politiques publiques. Leur rôle est de contribuer à la vie démocratique en apportant des réponses différenciées. Il paraît donc indispensable qu’ils participent à l’élaboration des diagnostics et qu’ils disposent d’une marge d’action et d’espaces d’innovation.

L’équilibre à trouver dans le partenariat avec les professionnels paraît délicat et complexe. Cet équilibre doit s’établir d’abord entre les logiques locales (quartier, commune) et les logiques cantonales. Il doit s’établir ensuite entre l’engagement bénévole et l’engagement professionnel. La tendance est parfois à laisser l’initiative aux professionnels qui disposent du temps de l’action. Peut-être ces derniers devraient-ils s’appuyer davantage sur les compétences des membres de l’association. Peut-être aussi le rôle des militants associatifs pourrait-il être renforcé et reconnu par des formations ad hoc.

Un regard général sur les problématiques sociales prégnantes, émergentes ou confirmées
Parmi les problématiques sociales qui mettent les ASC au défi de trouver des réponses, les participants mentionnent des préoccupations liées aux migrants clandestins et aux relations interculturelles. Ils sont attentifs aux demandes de liens durables, aux relations avec les familles et les parents. Les questions liées aux rapports entre générations confirment leur importance (peut-on parler de rupture ?), celle des rapports sociaux de genre demandent également une attention accrue. Les participants sont en outre sensibles à la fragilisation d’une partie de leurs usagers (illettrisme, faible estime de soi, marginalisation sociale).

La situation des jeunes (enfants, adolescents et jeunes adultes), d’une partie d’entre eux du moins, est l’objet d’une préoccupation spécifique
Dans certains cas, on peut parler de désaffiliation, de rupture, de difficulté à concevoir le vivre ensemble. On peut se demander du reste s’il n’y a pas parfois un certain déficit de mixité sociale dans les lieux d’animation, une mixité propre à favoriser cet apprentissage.
Du côté des enfants, on relève une difficulté à passer du jeu individuel au jeu collectif, un stress accru et les effets des contraintes et dévalorisations vécues à l’école.
Du côté des adolescents et jeunes adultes, on relève de grandes préoccupations autour de la formation professionnelle, la marginalisation des jeunes sans formation et, notamment, le manque de perspectives après 15 ans pour les jeunes sans papiers .
Un autre sujet de préoccupation est leur rapport à la consommation entraînant souvent des logiques d’endettement. Le comportement de consommateur ne se reproduit-il pas souvent dans les centres ? Les possibilités d’implication citoyenne ne manquent-elles pas, de même que des possibilités d’être valorisés en tant que jeunes ?
Enfin on note un « changement de comportement urbain des jeunes, et de leur manière de s’approprier l’espace ».

Le poids de l’économie
Les participants ont relevé l’impact croissant de l’économie sur l’animation. Ils relèvent d’une part l’évolution des modes de gestion et leur impact sur leur action : la culture du résultat, les évaluations quantitatives sont à leurs yeux des signes de la marchandisation du social.

Les valeurs sociales de référence
Les participants relèvent des carences certaines en ce qui concerne les valeurs sociales de référence. Il est devenu habituel de parler d’un déficit de solidarité induit par le sentiment d’insécurité ou le consumérisme. La tendance est à vivre dans un présent sans lendemain, à taxer de ringards des comportements tout simplement civils.
Les valeurs en lien avec les comportements sexuels et la violence qui les accompagne parfois semblent également souffrir d’incertitude : y a-t-il une normalité ? La société n’est-elle pas plus moralisante qu’accompagnante à cet égard ?
La violence, notamment chez les 13-18ans, apparaît comme un mode de communication. Les règlements de comptes se banalisent, de même que les menus larcins, les vols de vélo. Les animateurs manquent parfois de moyens de réaction rapide face aux phénomènes de société éclairs dont se saisissent les jeunes : poker, blog, biture express, etc.
Parallèlement les préjugés sur la jeunesse se cristallisent.

Que faire face à la morosité, la déprime, le chacun pour soi, le manque de causes collectives ? Certains participants insistent sur une des fonctions de l’animation proche de son étymologie (donner de l’âme, de la vie) : notre rôle n’est-il pas aussi d’égayer, d’illuminer, d’alléger le quotidien ?

La place de l’expression et de l’animation culturelle proprement dite
Une autre préoccupation est liée à la fermeture des lieux alternatifs, alors que la demande d’action culturelle augmente. Comment valoriser l’action culturelle ? Un vaste chantier à reprendre avec quelques pistes : développer les petits jobs dans des projets culturels par exemple.

L’évolution du métier d’animateur socioculturel
La place et la fonction spécifique de l’animation dans le champ du social est-elle à défendre, à promouvoir ? Tout le laisse penser aux yeux des participants. Y aurait-il une volonté de transformer l’animation socioculturelle en animation socio-éducative ? A vrai dire quel devrait être son rôle véritable et son interaction avec d’autres champs ? Elle souffre d’une mauvaise image ou d’une image molle, une fois de plus pourrait-on dire.


Conclusion de la première partie sur les enjeux
En substance, le diagnostic social laisse déjà apparaître d’assez lourdes interrogations quant à la mission de l’animation socioculturelle, qui tient son identité de modes d’action en opposition avec la consommation, la gestion sécuritaire du social et la gestion individualisée des déficits sociaux. Or ces tendances lourdes de l’époque induisent de nouveaux modes de gestion de l’Etat social dans lesquels l’animation socioculturelle a de la peine à se retrouver, comme le montre la deuxième partie du débat consacré aux lignes d’action.


3.2 Politiques et lignes d’action envisageables

Sur un certain nombre de points, les questions posées dans la première partie contiennent déjà des débuts de réponses et des injonctions pour l’action ; ainsi :

• Les associations devraient être mieux reconnues et soutenues, à travers la formation des bénévoles par exemple. Contribuer à l’animation de l’association devrait également être une part reconnue du travail des ASC.
• Le partenariat avec les parents des enfants accueillis devrait être développé dans l’esprit d’une approche socioculturelle des questions de la jeunesse.
• Pour les mêmes raisons, le travail avec les ados et les jeunes adultes ne devrait pas être séparé des espaces et occasions de socialisation où ils sont confrontés à la collectivité. Du reste la mixité sociale dans les centres peut encore être renforcée.
• La question des incivilités et celle des difficultés d’intégration professionnelle ne doivent pas faire évoluer l’animation vers une approche « socio-éducative» réservée aux jeunes, mais au contraire l’encourager à persévérer dans une approche globale, en interaction avec l’ensemble du tissu social, une approche intergénérationnelle, interculturelle, basée sur une solidarité de proximité. Dans une telle approche, les interactions avec d’autres champs, comme l’école, les centres de formation et d’insertion, sont à développer.
• La dimension culturelle de l’animation gagne à être renforcée ; c’est une dimension de l’action qui favorise le développement de compétences, pourquoi pas de petits jobs.
• Le partenariat avec la Plateforme romande de l'ASC et la HETS, entre autres, doit permettre de développer des outils d’analyse et de positionnement social et finalement de préciser la tâche et l’image de l’animation.

Sur la question du diagnostic social et celle de l’évaluation de l’action, la discussion n’a pu que s’ébaucher mais on se rend compte immédiatement que ce sont des questions clés qui touchent au sens de l’action.

Comment détermine-t-on les priorités de l’action, sur quel diagnostic de situation se base-t-on ? Est-ce un diagnostic partagé, avec d’autres acteurs, avec le politique ? L’exemple est cité d’un lieu d’intervention en toxicomanie à la Goutte d’Or à Paris où le « diagnostic de quartier » se fait publiquement, et en permanence, en présence de tous les acteurs concernés : toxicomanes, commerçants, habitants du quartier, etc.

La question de l’évaluation reste de toute évidence une question délicate : évaluation fine de l’action ou évaluation de prestations, contrôle gestionnaire ou instrument de pensée, transparence publique ou pratique alibi ?

L’évaluation de toute action qualitative est par définition difficile ; lorsqu’elle devient un acte d’autolégitimation, il y a un risque d’effet pervers. Une articulation est à trouver entre l’autoévaluation, la nécessité propre au concepteur d’évaluer sa propre action, et la nécessité de rendre des comptes qui appelle un regard extérieur, politique et citoyen.


3.3. Questions et apports sur le métier et la formation

Cette partie du débat a été l’occasion d’un prise de position commune des participants à l’atelier sous forme de questions, ou d’engagements à proposer à la plénière.

Face au risque d’instrumentalisation des associations :
• Comment chaque partenaire pourrait s’engager concrètement à reconnaître le rôle des associations ?
• Pourrions nous inscrire en moyens et en temps le renforcement de l’associatif comme un projet de chaque centre ?

La mission de l’animation tourne à l’éducation et à l’insertion.
• Nous affirmons la dimension socioculturelle de notre mission et proposons une vision de l’animation socioculturelle, soumise à approbation, dans les termes suivants.
Il s’agit :
? d’une action tous publics, de proximité, sur la durée ;
? d’un travail de réseau, qui passe le relais à des spécialistes ;
? d’une approche globale : elle n’est pas ciblée sur des déficits sociaux caractérisés, mais elle les prend en compte en travaillant le lien socioculturel ;
? d’une action qui a dans la lourdeur ambiante la légèreté du souffle (anima), pour laquelle loisirs est un mot à habiter dans toute sa valeur;
? d’un travail de témoin, qui donne les moyens de compréhension, de lecture critique et d’action sur le système et ses déterminants économiques, politiques et sociaux.

Partagez-vous cette vision ? Si oui, comment l’affirmer et la mettre en œuvre ensemble ?

Il y a accord également sur deux questions adressées, l’une aux politiques, l’autre aux lieux de formation.

Aux politiques : quelle place est donnée aux militants associatifs et aux professionnels dans l’élaboration des diagnostics et des questionnements qui amènent aux politiques sociales, et dans la construction des outils qui en découlent ? Faites-vous confiance au fait que l’animation mène un travail de fond ?

Aux lieux de formation : l’école doit permettre la distance, l’analyse, l’action militante. Quelle garantie se donne-t-elle pour que les professionnels qu’elle forme aient les outils en main pour produire une analyse et avoir l’énergie de mettre en place des actions conséquentes et militantes ?


3.4. Questions de l'atelier des professionnels et militants associatifs n° 2

Face au risque d’instrumentalisation des associations :
• Comment chaque partenaire pourrait s’engager concrètement à reconnaître le rôle des associations ?
• Pourrions nous inscrire en moyens et en temps le renforcement de l’associatif comme un projet de chaque centre ?

La mission de l’animation tourne à l’éducation et à l’insertion.
• Nous affirmons la dimension socioculturelle de notre mission. Qui est pour ?
• Nous proposons une vision de l’animation socioculturelle :

? une action tous publics, de proximité, sur la durée.
? Un travail de réseau, qui passe le relais à des spécialistes.
? Notre approche est généraliste : elle n’est pas ciblée sur un déficit social caractérisé, mais elle les inclut en travaillant sur le lien socioculturel.
? Une action qui a dans la lourdeur ambiante la légèreté du souffle (anima), pour laquelle loisirs est un mot à habiter dans toute sa valeur.
? Un travail de témoin, qui donne les moyens de compréhension, de lecture critique et d’action sur le système et ses déterminants économiques, politiques et sociaux.

Partagez-vous cette vision ?
Si oui, comment l’affirmer et la mettre en œuvre ensemble ?


Quelle place est donnée aux militants associatifs et aux professionnels dans l’élaboration des diagnostics et des questionnements qui amènent aux politiques sociales, et dans la construction des outils qui en découlent ?

Faites-vous confiance au fait que l’animation mène un travail de fond ?
Pourquoi n’en avons-nous pas l’impression ?


L’école doit permettre la distance, l’analyse, l’action militante. Quelle garantie se donne-t-elle pour que les professionnels qu’elle forme aient les outils en main pour produire une analyse et avoir l’énergie de mettre en place des actions conséquentes, militantes?



4. Atelier des formateurs et étudiants

Cet atelier était animé par :
Gisèle Voegeli, chargée d’enseignement à la HETS Genève
Veronica Stucky, membre de la Plateforme romande de l'ASC

Cet atelier a revêtu une forme particulière du fait de sa composition unilatérale, à savoir des étudiants à différents niveaux de leur parcours de formation, mais point de formateurs.


4.1 Défis et enjeux sociaux

Une société de plus en plus excluante et marginalisante, des défis globaux influant les défis locaux, des situations fort complexes et multidimensionnelles.
La résistance est dans les marges de manœuvre – valoriser la créativité permet de travailler et innover pour développer des formes de résistance constructive.

Les enjeux du 21ème siècle sont globaux et des solutions locales et actives ont à être pensées collectivement.


4.2 Politiques et lignes d’action envisageables

De fortes attentes vis-à-vis de l'action revendiquée comme rassembleuse et incluante dans un contexte où les institutions sont décrites comme "trop grosses" pour répondre efficacement et spécifiquement aux besoins locaux.
L'ASC doit rester au service de l'associatif et des réseaux locaux – développer les partenariats tout en communiquant positivement sur ses actions pour faire évoluer son image.
Réseaux – partenariats – hétérogénéité – complexité – diversité et durabilité en pointillé des lignes d'actions.
Les questions qui suivent illustrent le très fort intérêt pour le métier et la volonté de "bien faire" qui peut-être est l'expression d'une énergie renouvelable disponible et trop peu valorisée à ce jour.


4.3 Questions et apports sur le métier et la formation


• Comment répondre aux attentes actuelles face à la dichotomie et l'ambivalence du statut du professionnel : être dedans et orchestrer à la fois ?
• Quelle place pour l'hétérogénéité des partenariats – est-on préparé pour une approche transdisciplinaire et systémique ?
• Comment identifier et répondre aux nouvelles problématiques à dimension planétaire?
• La question de l'image du métier reste d'actualité – comment communiquer positivement à son sujet ?
• Afin de rendre l'action visible, faut-il l'évaluer pour la légitimer ?
• Comment prendre le recul suffisant pour identifier en quoi, en regard de la vie, le métier fait la différence, et prouve son utilité ?
• L'animation est un métier complexe, créatif et non figé, son cœur est mouvant et diversifié ou peut-être tout simplement mal identifié ?!
• Evaluation – rigueur – quelles méthodes pour y répondre ?
• Quelle place pour l'étonnement ?


4.4 Questions de l’atelier des formateurs et étudiants

Transdisciplinarité : partenariat – équipe => hétérogénéité

La résistance EST dans les marges de manœuvre => créativité

Synergie grosses institutions – besoins locaux => nouvelles formules ?

Comment identifier et répondre aux problématiques de demain ?

Priorité au sens => vision métier => difficulté à projeter, à décoller

Cœur du métier mourant / diversifié

Lire et répondre au complexe sans simplifier – uniformiser

Dichotomie / ambivalence
Etre dedans – orchestrer

Animation socioculturelle au service de l’associatif => regard local
Compétence au service de…


C. Allocution de M. Charles Beer, conseiller d’Etat

D. Conclusion de la journée





← retour

autres éléments (4) dans "2009 22 sept. Genève dialogue employeurs-professionnels":
Allocution de Monsieur Charles Beer, Conseiller d'Etat  12.02.2011
Compte rendu des ateliers du 22 septembre 2009  12.02.2011
Dialoguer sur les enjeux de l'animation  12.02.2011
Synthèse et suite de la journée  12.02.2011