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Allocution de Monsieur Charles Beer, Conseiller d'Etat

C’est avec beaucoup de motivation que j’ai accepté cette invitation sur les enjeux de l’animation socioculturelle, qui, pour notre région, notre canton, pour la société d’une manière générale, est extrêmement importante.

S’il y a crise aujourd’hui à Genève, ce n’est pas parce que l’on est en train d’évoquer ici et là la disparition de l’animation socioculturelle, mais bien l’attrait qu’elle représente.

Nous vivons aujourd’hui, ici comme ailleurs, un certain nombre de défis. Je tirerai certains éléments des nouvelles réalités urbaines, pour partir d’un diagnostic qui peut être discuté du point de vue des interprétations, mais pas des chiffres que tout le monde connaît.

D’abord en insistant sur le fait que, ces 20 dernières années, nos sociétés, du point de vue de la croissance économique, malgré des crises conjoncturelles, se sont très largement enrichies. Je parle évidemment d’échelle générale, je parle de produit intérieur brut, de revenu cantonal, et pas de redistribution.
Même s’il y a des ruptures de croissance, elles n’ont pas empêché un trend général d’augmentation du PNB et des revenus cantonaux.

Cette période de crise de la redistribution s’est accompagnée d’un discours politique fort de moins d’Etat. Peu de gens ont oublié un certain nombre d’ouvrages, tel que « la crise de l’État providence ». Ces livres ont marqué des interrogations par rapport à cette offensive pour moins d’Etat.

Certains confondent mondialisation, globalisation, internationalisation, mais nous savons qu’un certain nombre de migrations ont à voir notamment avec la libéralisation qui accompagne la mondialisation. Aujourd’hui, nous avons des communautés très différentes et variées qui amènent non seulement les plus riches, mais également leurs employés sans statut ou avec des statuts précaires. Notre société genevoise mais également urbaine est très marquée par ce nouveau contexte d’une immigration importante, dont une grande partie souffre de problèmes d’insertion, avec des difficultés économiques et sociales.

En dehors de la mondialisation, il y a aussi l’aspect technologique qui révolutionne complètement le quotidien, et qui implique un certain nombre d’enjeux. Le clonage, par exemple, pose la question du vivant.

Par rapport à l’ensemble des valeurs, une crise importante touche les collectivités publiques, les institutions et les familles, avec des résistances, une décomposition et une recomposition de certitudes qu’on pensait posées par un cadre idéologique.

J’aimerais, compte tenu de ces éléments, dire que dans le contexte urbain, ce que nous vivons de façon spectaculaire est le décalage entre la ville en tant qu’entité architecturale et sa réalité urbaine.
Si vous allez au Salève, vous verrez très exactement où se situent les concentrations de personnes par territoire, et c’est probablement un des effets qui accompagne cette recomposition et cette crise des valeurs.

Dans ce contexte, je suis convaincu que deux discours très forts menacent nos sociétés démocratiques : le discours du populisme et le discours pour moins d’Etat.
Celui du populisme vise à dire « il n’y a qu’à… mettre des notes à l’école, ouvrir des prisons, utiliser les pierres de Berlin pour les remettre à la frontière d’Annemasse… ». Les discours populistes sont relativement nombreux.
Ils accompagnent d’autres discours politiquement très marqués, comme le discours des années 80 pour moins d’Etat : la volonté de faire en sorte que la redistribution ne fonctionne pas et qu’on donne toujours plus à ceux qui ont plus, en termes de garanties d’organisation et de garanties d’occupation d’espaces du territoire du quartier et de la région.

Je pense que ces deux discours interpellent aujourd’hui le monde social dans son ensemble. Quand on parle de résistance, de manière générale, je pense d’abord à celle que représente ce type de discours. Je ne veux pas en faire une question d’étiquette de parti, mais parler d’une logique de discours qui s’impose de façon trans-partisane.

Je pense que ce phénomène de résistance est un problème à poser, et qu’il est celui des collectivités publiques, des institutions quelque fois à but lucratif, et, d’une manière générale, des services publics.
On ne peut pas voir les enjeux de la politique sociale par le seul prisme de la jeunesse ou celui de la vieillesse, mais bien par celui de la société dans son ensemble et son type d’évolution.

Je pense qu’il faut, pour évoquer l’animation et la crise qui la caractérise aujourd’hui, le faire à travers des enjeux plus fondamentaux et savoir quel rôle l’animation joue dans une société qui a évolué, et pas toujours positivement.
Je suis convaincu qu’aujourd’hui, il y a une volonté majoritaire d’un ensemble de parties, y compris dans les milieux patronaux, autour d’une réaffirmation de valeurs humanistes et sociales ne réduisant pas l’individu à la seule reproduction de la force de travail dans l’appareil économique.
Je suis convaincu que nous pouvons et devons faire en sorte de penser l’intervention sociale de soutien à l’ensemble des enfants, jeunes, personnes défavorisées, adultes, âgées, et qu’on peut le faire de façon cohérente. Mais cela passe par un certain nombre de travaux qui ne sont pas forcément confortables, et par des conflits qui sont inévitables. Comment réaménager la politique sociale ? Quelle est la place de l’enseignement, de l’animation, de l’éducation, des services sociaux, de l’ensemble des intervenants, qu’ils soient psychologues, infirmières, infirmiers, médecins, etc. ? Je pense que chacune des professions a un rôle fondamental à jouer du point de vue de la recherche de ces équilibres.

Pour organiser les différents secteurs ou, de manière générale, la politique sociale, quel est le bon niveau : Confédération, région, canton, commune ? Quelle est la complémentarité des différents acteurs politiques ?
Nous avons mis sur pied un outil – décidé par le Grand Conseil genevois - qui était un outil insuffisamment investi par les acteurs sociaux et les milieux politiques. Cet outil s’appelle une convention d’objectifs.
Une convention d’objectifs peut permettre non seulement de définir des prestations, et donc des engagements financiers, pour un secteur autonome comme celui de l’animation, mais doit permettre également de poser un diagnostic. C’est là que j’évoque l’insuffisance de l’investissement de la convention d’objectifs comme outil, par les acteurs politiques et les acteurs des différentes composantes d’institutions et de fondations, de la FASe en particulier.

Je pense que nous avons la nécessité de confronter les chiffres, les remarques de terrain, mais également les discours politiques en cas de définition de priorités pour faire en sorte qu’il y ait davantage d’explications sur la manière dont on doit mener un certain nombre d’actions. Je pense qu’une convention d’objectifs n’est pas un outil technique, mais un outil politique, parce qu’il définit des prestations, il définit la subvention et il définit des modalités d’intervention.
J’invite l’ensemble des acteurs à investir les débats qui concernent la convention d’objectifs sans diaboliser l’outil technique qui, a mon avis, présente une opportunité.

Je continue à croire à une société qui ne relègue pas les individus dans les coins, qui ne fait pas de discrimination géographique et spatiale entre riches et pauvres, migrants pauvres et migrants riches.
Je crois que nous avons un enjeu, c’est de faire de la nouvelle réalité urbaine et contemporaine un élément dans lequel les valeurs qui sous-tendent les débats de l’éducation, de l’animation, de l’action sociale dans le sens le plus large du terme, soient un élément privilégié. Je pense qu’il y aura encore la nécessité de faire en sorte que les outils d’intervention soient questionnés, et permettent non seulement aux politiques d’être présents, mais également aux professionnels et à leurs représentants, aux forces de la société civile et aux différents comités qui jouent un rôle particulièrement déterminant.

L’avenir doit nous permettre de rassembler ces énergies parce que je suis convaincu que si nous n’arrivons pas à faire en sorte de conjuguer ces différentes forces d’intervention, ce sont les discours les plus négatifs par rapport à l’intervention sociale et à l’animation socioculturelle qui l’emporteront. Je pense qu’il y aura encore bien des travaux et des confrontations, et je pense que l’animation socioculturelle est aujourd’hui en crise parce qu’elle est interrogée, interpellée, non pas pour jouer un moindre rôle mais un rôle plus important.

J’en veux pour preuve que, pour ma part, j’ai interpellé la FASe sur quelques missions que j’ai estimé fondamentales dans la convention d’objectifs :
• la mise en place des REP qui consiste à donner plus à ceux qui ont moins sur le plan scolaire
• l’horaire scolaire
• le suivi des jeunes qui sont en prise avec des difficultés pénales
• le suivi des jeunes qui décrochent du système scolaire

Sur ces 4 champs, je pense qu’il y a bien des choses à dire mais, dans tous les cas, ils marquent un intérêt pour l’animation socioculturelle, une volonté de rediscuter les priorités d’engagement, de façon coordonnée, collective, et non de façon sectorisée ou catégorielle, d’une façon plus politique dans le sens général du terme.



Charles Beer, conseiller d’Etat en charge du Département de l’Instruction Publique (DIP),
le 22 septembre 2009









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