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Médiation et démocratisation culturelle


Lorsqu'on entend résonner la douce appellation « démocratisation culturelle », on ne peut s'empêcher de penser à un monde idéal où la culture serait équitablement répartie et accessible en tous lieux et pour toutes « classes sociales », envers et contre toutes barrières qu'elles soient physiques, psychologiques ou financières. On imagine avec un sourire mêlant fierté et satisfaction le peuple qui s'est battu pour que la culture « élitaire », « dominante » soit accessible, depuis la Révolution Française à nos jours, via Malraux, l'éducation populaire...Et quoi depuis?
Les étudiantes appliquées que nous sommes se sont penchées sur ce thème en espérant réussir à produire un état des lieux (non exhaustif) et une réflexion sur la question. Certes parfois un peu « genevo-genevoise » et centrées sur notre formation, nous avons pris le parti de contextualiser notre approche. Et ce, uniquement de notre point de vue d'étudiantes en travail social.

 

Des mots lourds de définitions


Les travailleurs sociaux, entre autres, participent déjà beaucoup à la démocratie culturelle, notamment en maisons de quartier et autres lieux d'accueil libre, en favorisant l'expression culturelle des groupes (des minorités, entre autres). Par contre l'aspect de la démocratisation est a priori plutôt investi par les champs politique et artistique. Lors de nos recherches, nous avons naturellement été orientées vers un axe émergeant dans l'animation socioculturelle, celui de la médiation culturelle.
Ces mots « fourre-tout » ne reflètent en rien la définition de cette pratique. Tout d'abord, le mot "médiation" est utilisé pour désigner le lien entre deux entités créé par un tiers (personnes ou objets) : médiation de voisinage, conciliation juridique, médiation scolaire, outils de médiation, etc. Ce mot a donc une connotation conflictuelle dans le langage courant . Que dire ensuite du mot "culturel", tant utilisé, et regroupant de multiples définitions et notions. Nous garderons celle de l'UNESCO au sens de patrimoine culturel. Par ailleurs un médiateur culturel est aussi en charge de faire le lien entre deux cultures, au sens « ethnique » du terme.
Nous sommes donc plus dans une médiation socio-esthétique où se crée un discours entre le « regardeur » et l’œuvre, ainsi qu’une certaine lecture de celle-ci.

 

Politique de démocratisation de la Ville de Genève

 

L'étude sur les pratiques culturelles des genevois-es (M.I.S Trend 2004) met à mal la politique de démocratisation culturelle menée depuis 1992. En effet, les résultats de l’enquête révèlent les points faibles des politiques de la ville et du canton en matière de démocratisation culturelle.
Tout d’abord, il y est établi une hausse de fréquentation des institutions culturelles. Or il ne s’agit pas d’un public élargi, mais d’une augmentation de la fréquence des visites de la part du public déjà existant.
La réussite d’une démocratisation culturelle, et, dans le cas qui nous intéresse, d’une médiation culturelle, réside dans l’élargissement d’accès, d’information, et donc d’interpellation du non-public. En effet, le défi a relever est de pouvoir réunir tout un chacun autour d’une seule et même œuvre. C’est à ce moment précis que l’animateur entre en scène, car doté de valeurs sociales propres à son métier. Ainsi le médiateur détient toutes les clés pour mener une intervention adéquate.


L'animation socioculturelle


Nous sommes à l'heure de la professionnalisation des métiers de la culture. La création de nouveaux CAS dans ce domaine, avec en parallèle l'avant projet de loi sur les arts et la culture , inscrivent à nouveau et plus précisément la démocratisation et la médiation au sein du paysage culturel genevois. Malgré cela, nous avons le sentiment que l'animation socioculturelle peine encore à former dans le domaine culturel. Est-ce dû à un petit complexe d'infériorité des travailleurs sociaux, ou à une idéologie de rejet de la culture consacrée dite « dominante »? La HETS de Genève s’y met concrètement, par une approche de la médiation culturelle avec le tout récent remaniement du cursus , qui amène donc l'aspect du lien à développer entre le public et l’œuvre par l’animation socioculturelle.
Jusqu'à présent, la médiation culturelle était le domaine des historiens de l'art ou des artistes. L'axe privilégié était donc plutôt la transmission d'informations sur l’œuvre et l'artiste, et, en second, l'aspect social, relationnel, et le développement de la pensée des publics. Un renversement s'est produit, et il est temps que les travailleurs sociaux prennent part et développent la médiation sous tout son aspect de développement de la pensée critique et d’expression de la citoyenneté.

 

Critiques et questionnements

 

De prime abord, la relation directe entre démocratisation culturelle et médiation ne sera effective que lorsque celle-ci arrivera à toucher ce que Francis Jeanson appelle le non-public. Sinon pourquoi tenter de mettre en place des activités de lien entre les œuvres et le spectateur, si celui-ci est déjà tout entier acquis à ce genre de pratiques, au risque de se retrouver dans des groupes de joyeuse « masturbation intellectuelle ». Dès lors, il s'agirait donc de les appeler Clubs (de lecture, de danse, etc.).
La définition même de démocratisation induit une certaine division. Nous prenons le parti de ne pas la nier, car il existe bel et bien un art valorisé qui relève du patrimoine. L’argent public injecté dans les musées contribue à une valorisation de ceux-ci. Mais les politiques tarifaires pratiquées restent élitistes . Peut-on dès lors parler d’une redistribution équitable, en terme d’accessibilité, au contribuable?
Concernant l’augmentation de fréquentation des lieux culturels, le revers de la médaille serait alors d'amasser un nombre considérable de personnes, qui, par ricochet, prive ainsi une autre catégorie de la population de l'accès complet aux œuvres. Prenons comme exemple extrême : le musée du Louvre à Paris, drainant tant de personnes que la plupart du patrimoine exposé est inaccessible.
Pour reprendre les mots d'un proche désirant rester anonyme: « Et puis quoi? On se retrouve avec des tas de cons en short et appareil photo dans les églises et galeries romaines et dans les musées parisiens!!! ».
Pour prendre la part de l'avocat du Diable, la facilité réside alors dans la proposition de laisser la culture à ceux que ça « intéresse vraiment » et préservons-nous du qu'en dira-t-on...

 

 

 

 

Par Céline Berset et Charlotte Deléamont,
Pour toutes réflexion, critiques, insultes ou propositions d’emploi, veuillez vous adresser par mail à :
c.line.berset@gmail.com

 





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