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Si l'animateur socioculturel se suffisait a lui même ?

« On n’est jamais mieux servi que par soi même » dit le proverbe. Faut-il entendre que l’on n'a pas besoin des autres pour être légitimes dans nos actions, pour défendre notre place et garantir le sens de notre travail ?

 

1 § Le journal des étudiants HETS /n°1/ du 24 juin 2011

 

Dossier Animation Socioculturelle

Enjeux_______________________________________________________________________________

 

Si l’animateur socioculturel se suffisait à lui même ?

 

 

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« On n’est jamais mieux servi que par soi même » dit le proverbe. Faut-il entendre que l’on n'a pas besoin des autres pour être légitimes dans nos actions, pour défendre notre place et garantir le sens de notre travail ?

 

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Dans plusieurs années, un quartier genevois fera la première page des journaux à scandale. Agressions, vols, dégradations de la voie publique, tapage nocturne, en bref violence et insécurité de jour comme de nuit. Les habitants scandalisés décideront de se réunir pour changer les choses. « Genève c’était mieux avant » « Ce sont ces jeunes, toujours les mêmes » « Mais non, ce sont ces étrangers » «  Ceux qui boivent et fument » « Ceux qui mettent de la musique trop fort » « Qui cassent les vitres des allées » « On doit les chasser ». …

 

Il y a deux façons de répondre à ces peurs, ces angoisses des habitants.

 

Premier scénario : L’Etat interpellera la commune pour lui demander des explications. La commune ira à la rencontre des habitants du quartier qui se plaindront des nombreux problèmes auxquels ils doivent faire face. La commune enverra une lettre à l’Etat afin de se plaindre du climat d’insécurité des habitants du quartier. L’Etat donnera des crédits à la commune et la chargera de nommer un spécialiste de la résolution de conflits formé auprès des grands bureaux de consulting en management des entreprises. Ils le nommeront pour un mandat de deux mois comme responsable du maintien de la sécurité et du nettoyage des rues d’éléments perturbateurs.

 

 Ce « noveprofessionnel », en déplaçant les personnes et les problématiques, en traduisant le langage courant en langage technique et en remaniant les statistiques prouvera, chiffres à l’appui l’efficacité de son action.

 

On lira alors dans les journaux que le chiffre des agressions a baissé.

 

Mais les chats errants constateront que le quartier est devenu désert et triste. Ils ne trouveront plus à manger et perdront leurs poils. Les habitants s’enfermeront chez eux  la nuit tombée, plus personne ne se connaîtra.

 

Et le pharmacien se frottera les mains, car ses ventes d’antidépresseurs auront doublé.

 

Deuxième scénario : Quelques habitants,  armés de leurs fusils et  munis de leur passeport suisse, sortiront de leur maison et chasseront les malfrats. Deux jours plus tard, les mêmes problèmes reviendront. Les habitants persisteront dans leurs manières de résoudre leurs problèmes mais en vain. Un des habitants décidera d’aller seul à la rencontre des malfaiteurs. En les approchant respectueusement il réussira à leur parler et leur demandera d’arrêter de faire du bruit. Puis une longue discussion commencera. Le lendemain l’habitant reviendra avec son voisin puis une troisième personne les rejoindra et une quatrième et ainsi de suite. Petit à petit ils se rendront compte des similitudes de leurs vies,  des loyers trop chers, du manque de travail, de l’absence d’espaces verts, du manque de convivialité du quartier. Ils parleront de leurs souvenirs, leurs problèmes, leurs rêves. Ils commenceront  par organiser un goûter puis une fête de fin d’année. Ils s’organiseront, pour créer des groupes d’intérêts. On verra alors des tournus d’adolescents qui aideront les enfants à faire leurs devoirs, des tournus de parents qui aideront les adolescents à faire des lettres de motivation et bien d’autres formes d’aide, de partage et de solidarité. Ils s’organiseront et demanderont à la Commune que des professionnels viennent les aider à organiser au mieux leurs actions, leurs envies.

 

On lira alors dans les journaux que le chiffre des agressions a baissé.

 

Et les chats du quartier auront toujours une gamelle pleine quelque part et des jambes auxquelles se frotter.

 

Quant au pharmacien, il n’aura plus d’antidépresseurs dans ses rayons, mais organisera des cours sur les remèdes de grand-mère dans son arrière boutique les samedis après midi.

 

Le sens du métier de l’animateur socioculturel est au cœur même de la vie qui grouille, avec ses beaux et moins beaux côtés, et il n’est pas un faire-valoir, un élément étranger, fruit d’un organigramme détaché des réalités du terrain.

 

Tout-puissant ou complémentaire, quelle place choisir pour le métier?

 

Christelle Iswala et Manal Al-Adjouri 


 

 





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