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Ecole le mercredi matin en 2013?

 Le projet de loi déposé par le Conseil d’Etat en septembre 2010 visant à modifier les horaires d’école des Genevois suscite déjà de nombreux débats et réactions au sein des milieux enseignants et politiques. Cette loi aurait aussi des conséquences pour les structures d’accueil ouvertes le mercredi. Les animateurs se battent-ils pour préserver leurs acquis ? Se préparent-ils à ces changements ?   


Ces derniers mois, le Département de l’instruction publique s’est régulièrement retrouvé en première page dans les médias au sujet des modifications entraînées par le processus d’harmonisation scolaire intercantonale. Si la loi est acceptée, les élèves genevois retourneraient sur les bancs de l’école le mercredi matin dès la rentrée 2013. Cette demi-journée supplémentaire resterait facultative pour le cycle élémentaire du degré primaire, soit les 4 premières années de la scolarité obligatoire (de 4 à 7 ans). Si les répercussions économiques et politiques sont largement discutées dans le milieu scolaire, tant pas les enseignants que par les parents, qu’en est-il pour l’animation socioculturelle ?

 

Créer du lien social
L’animation socioculturelle a pour mission d’ « organiser et mobiliser des groupes et des collectivités en vue d’un changement social. » En s’appuyant sur cinq caractéristiques – la libre adhésion, la participation, le changement social, la solidarité au sein d’une communauté diversifiée et la valorisation de la culture – elle vise à créer du lien social entre des lieux de vie et les acteurs de la société, quels qu’ils soient. Elle est ainsi en première ligne pour lutter contre les inégalités sociales et tous types d’exclusion. Dès lors, pourquoi, alors que les mouvements enseignants et les parents d’élèves se battent pour garder les mercredis matin congés, l’animation ne s’engage-t-elle pas à leurs côtés ? Ces modifications à venir n’ont-elles aucun impact sur leur quotidien ?

 

« Une course contre la montre pour faire quelque chose »
Le nouvel horaire scolaire pose de nombreuses questions au sujet de la Genève « mauvaise élève ». « Pourquoi rajouter plus de la même chose au lieu de repenser le système ? » Nous a demandé un enseignant du haut de ses quarante ans de métier, mais aussi concernant l’avenir et la place de l’animation socioculturelle.

 

Durant l’année scolaire, les activités proposées le mercredi permettent une vraie démarche éducative.

Pour Elisa, monitrice au Terrain d’aventure à Onex, l’école le mercredi matin aura un impact négatif certain : « La matinée est consacrée à la préparation du repas en commun, ce qui permet d’une part la découverte de nouveaux aliments et, d’autre part, de familiariser les enfants avec des notions de cuisine saine et équilibrée. C’est un vrai moment de partage et de construction avec les enfants. » En supprimant ce temps d’échange, on se dirige vers une après-midi qui risque de devenir « une course contre la montre pour faire quelque chose. Si on passe à une demi-journée seulement en 2013, nous n’aurons plus le temps de proposer de vraies activités créatives », déplore la jeune femme.

 

De plus, la réorganisation des horaires scolaires aura également un impact social non négligeable pour les familles dont la mère est au foyer. « Aujourd’hui, certaines mamans restent à la maison mais sont très heureuses de pouvoir compter sur les centres d’accueil pour le bricolage et la valorisation des rôles sociaux », indique Elisa. Le rythme et la valeur donnée à cette journée en pâtira également : en prenant en charge le jeune au milieu de la journée. Il devient ainsi difficile de favoriser le relationnel. Le risque de tomber dans l’animation « prête à consommer » est grand et toute la dynamique d’intégration et d’échange s’en verrait bouleversée.

 

Entre résistance et adaptation
« C’est aux parents de choisir si cette loi doit passer ou non. Nous, on est là pour nous adapter et répondre à leurs demandes et besoins. » Nous dira Christiane, du Jardin Robinson d’Avully. Pour elle, le concept d’accueil libre n’est absolument pas remis en cause, elle est même prête à transférer les heures manquantes sur les samedis afin de pouvoir profiter de ces temps privilégiés que sont les préparations du repas de midi. Elle ira même plus loin : « On peut voir des opportunités dans cette loi. Un partenariat avec les restaurants scolaires par exemple. ». « Les choses changent, évoluent. Il ne faut surtout pas s’enfermer dans le “c’était mieux avant“. »

 

Mercredi matin ! Est-ce la bonne solution ?
Frédéric Wittwer, directeur de projet au département de l’instruction publique, de la culture et du sport (DIP) relevait déjà un grand problème posé par l’ajout du mercredi matin : l’égalité des chances pour les enfants de pratiquer des activités extrascolaires – sportives, artistiques, culturelles, religieuses – pendant leur temps libre . Or, ces activités extrascolaires seront probablement concentrées sur la seule demi-journée disponible en semaine : le mercredi après-midi. Cela entraînera forcément une baisse de la fréquentation des lieux d’animation. En ces temps de restrictions budgétaires, comment ne pas redouter une baisse des moyens mis en œuvre pour soutenir ces structures et les garder vivantes, points d’ancrage indispensables du lien social local ?

 

Travailleur sociaux ou nounous ?
Un autre enjeu de taille se dessine derrière cette modification de la loi sur l’école. Si les conditions concrètes d’organisation et de gestion du temps ne sont plus adaptées pour garantir un réel moment d’animation socioculturelle, ne court-on pas le risque de voir ces structures se transformer en centre de garde pour parents débordés ? Les animateurs vont-ils progressivement être considérés comme des nounous d’urgence ?

Comment penser l’animation socioculturelle pour les enfants du cycle élémentaire (4 à 7 ans), pour qui la présence à l’école le mercredi matin resterait facultative. Faudra-t-il proposer un système d’accueil à deux temps ? Abandonner l’accueil libre, farouchement défendu par certains centres de rencontre ?
D’autre part, une réorganisation du temps de travail pour les animateurs est inévitable. Certains devront-ils baisser leur taux d’activité pour compenser la baisse de la fréquentation des centres d’accueil ? Devront-ils consacrer cette demi-journée perdue pour l’animation au travail administratif, travail envahissant le monde du social ?

 

Et avant 2013 ?
Nombre d’enseignants se mobilisent, brandissant le referendum « NON à l’école le mercredi matin » . Qu’en est-il de l’animation genevoise ? Est-ce l’heure de monter au créneau ? Ou simplement de se préparer à subir les modifications inhérentes à ce changement ? L’avenir nous le dira, mais d’ici là, réagissez ! signez !

 

 

 





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