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Centres socioculturels

Les centres socioculturels : l’animation questionnée

 

Le débat est ouvert

 

La politique sociale de proximité est, aujourd’hui et depuis de nombreuses années, en mouvement et au centre de nombreux débats. En effet, l’existence plus ou moins récente de structures diverses, telles que les Unités d’Action Communautaire ou les « espaces quartier », ainsi que certains positionnements d’ordre politique, posent la question du rôle des centres socioculturels et de leur place au sein d’une société faite de changements, cherchant à s’y adapter.Le débat se situe à différents niveaux. Commençons donc par en faire l’énoncé.

 

L'état actuel

 

Au niveau politique et législatif, le Conseil d’Etat genevois a adopté en 2008 une politique plaçant la réinsertion des jeunes en rupture de formation comme priorité « absolue ». Dans ce cadre, des objectifs portant sur l’insertion de jeunes ont été attribués aux centres socioculturels par le biais de la FASe et de son contrat de prestation avec l’Etat. Cela soulève donc la question du rôle des animateurs, à savoir s’il est légitime que cette mission leur incombe ou non.
Sur le terrain, l’ouverture de l’espace quartier « Lyon 99 » vient également questionner les rôles et missions des centres socioculturels. En effet, d’un premier abord, on remarque que cette nouvelle forme de structure sociale offre les mêmes prestations que les centres socioculturels « à l’ancienne », puisqu’il s’agit de proposer un lieu utile et convivial pour favoriser l’intégration sociale des habitants d’un quartier. Cependant, ces deux types de structures présentent d’importantes différences sur plusieurs plans. D’abord, au niveau du fonctionnement, Lyon 99 diffère des centres socioculturels, parce que ce premier est directement dirigé par la Ville de Genève, alors que les seconds fonctionnent sur le modèle associatif. La dimension militante de l’animation est d’ailleurs remise en question ici, puisque la marge de manœuvre de ces nouvelles structures, en matière d’action et de décision, est moindre du fait d’un fonctionnement de type institutionnel.
Ensuite, au niveau des objectifs, les centres socioculturels ont deux axes prioritaires : une action socioculturelle pour tous types de population, accompagnée d’une action socioéducative, principalement pour les enfants et les adolescents. L’espace quartier mise quant à lui uniquement sur l’axe socioculturel et n’engage pas d’animateurs, mais des employés ayant plutôt une fonction de coordination.
Cette cohabitation pose donc la question de qui fait quoi ? Peut-on mettre en relation l’ouverture de Lyon 99 avec la décision politique d’attribuer la question de l’intégration des jeunes aux centres socioculturels ? Y aurait-t-il une volonté de division des tâches ; l’axe éducatif revenant aux centres socioculturels et l’axe socioculturel aux espaces quartier ? Précisons d’ailleurs que d’autres espaces quartier ouvriront prochainement.

 

Il est difficile pour nous de répondre à ces questions, puisqu’elles dissimulent des enjeux politiques importants, mais il est évident que la situation ouvre des interrogations quant à l’essence même du métier d’animateur socioculturel. Parlons en donc un peu.

 

La légitimité de l'animateur en matière de création de lien social

 

D’abord, nous nous sommes demandés si les espaces quartiers font de l’animation socioculturelle à proprement parler. Certes, de nombreuses activités y ont lieu, organisées par les habitants du quartier, ce qui va dans le sens de l’autonomisation de la collectivité. Or, en nous basant sur les principes de la Charte cantonale des centres de loisirs, centres de rencontres, maisons de quartier, jardins Robinsons et terrains d’aventures du canton de Genève, qui dit que les activités ne sont qu’un support à la relation, nous nous demandons si les espaces quartier travaillent dans cette logique, ou si les activités qu’ils engendrent ne sont pas uniquement des activités en soi. Dans ce dernier cas, nous pourrions dire que cela n’est pas de l’animation socioculturelle, mais une action différente, bien que répondant à la même demande. Par contre, s'il s’avère que les espaces quartier réussissent tout de même à créer cette relation par le biais de leurs activités, c’est alors la légitimité de l’animateur, en matière de création de lien social, qui est remise en cause. L’animateur du futur pourrait-il devenir le concierge des maisons de quartier ?

 

L'animateur est-il un agent d'insertion?

 

Ensuite, et pour en revenir aux centres socioculturels, la question de l’intégration des jeunes dans les centres socioculturels mérite d’être développée ici. Le Conseil d’Etat a mis l’accent sur l’intégration par la formation, alors que l’animation socioculturelle défend l’intégration en passant par une logique plus globale. Pour les maisons de quartier, il n’est pas de leur ressort de considérer les jeunes comme une problématique isolée, parce qu'ils ne constituent qu’une petite proportion d’une société en changement qu’il faudrait considérer dans son ensemble. Il s’agit alors de travailler dans une logique communautaire et plutôt préventive. Bien entendu, la dimension éducative et individuelle doit être prise en compte, mais en s’articulant avec une dynamique collective. Seulement, la difficulté de cette démarche réside dans le fait qu’elle est difficilement quantifiable et que justifier son efficacité auprès d’instances officielles est très délicat, d’où peut-être cette volonté politique de donner une mission plus précise aux centres socioculturels. Il y a donc un travail à faire à ce propos pour convaincre ceux qui doivent l’être que, comme nous le pensons, le travail des maisons de quartier est efficace et nécessaire sous sa forme actuelle.


Un avenir tourné vers la conciliation

 

En ce qui concerne l’avenir des animateurs socioculturels et de la légitimité qu’ils auraient à remplir les tâches dont nous avons parlé ici, la question est délicate, car il est difficile de savoir qui défend quoi : les intérêts personnels ou ceux de la collectivité ? La charte cantonale des centres est-elle une référence ? Ne pas respecter ses principes serait un affront aux principes mêmes de l’animation socioculturelle ? A dire vrai, nous avons le sentiment que de toutes ces structures, il y a de bonnes choses à retirer, qu’elles aillent dans le sens des déclarations, chartes et cahiers des charges des uns et des autres ou non. Le « méta-travail social », qui se fait à un niveau politique, mais aussi militant, est risqué, car il nous éloigne de nos préoccupations principales qui sont le terrain et les usagers, que l’on a tendance à évoquer que trop peu, préférant défendre des champs d’action et des intérêts politiques. Nous sommes donc ouverts à des changements pour autant qu’ils répondent à une demande qui vient du bas. Nous pensons néanmoins qu’il est nécessaire que les différents acteurs de l’animation socioculturelle de proximité (militants, professionnels, politiques, etc.), qui ont tendance à se tirer dans les pattes, se mettent rapidement autour d’une table afin de mieux définir les rôles de chacun et surtout d’être à l’écoute les uns des autres.
Enfin, tous ces débats nous semblent tout de même être très positifs, car ils montrent que des moyens financiers importants sont investis et que des projets se mettent en place, indiquant que l’animation a un bel avenir devant elle, sachant combiner, espérons le, les bons ingrédients du passé et les nécessités actuelles et à venir, pour le bien-être de la collectivité.

 

Annick Carruzzo

Jean-Michel Pache
 





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