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EMS

La vieillesse dans la société occidentale et l'animation en EMS


Dans notre société industrialisée, où la norme dominante dans l’esprit des citoyens est celui de la jeunesse éternelle, la discrimination se retrouve très fortement chez les personnes âgées. Les publicités excessives de produits, les prospectus ou encore les images pour valoriser une jeunesse fougueuse s’installent partout et transmettent un message indirect qui pourrait se traduire par : « Soyez jeunes, beaux, dynamiques et heureux ! » 

 

Des entreprises pharmaceutiques et de cosmétiques arrivent à s’assurer des chiffres d’affaires colossaux grâce à la vente de leurs produits vantant les mérites de la jeunesse. Le monde de la socio gérontologie se retrouve bouleversé par cet allongement de l’espérance de vie. Des personnes de plus de quatre-vingts ans ont parfois la peau si étirée (« liftée ») que même leurs petits-enfants ne les reconnaissent plus. La société occidentale pousse la population vers cette consommation aveuglante au péril de changer les mentalités, les traditions et les cultures pour laisser un héritage pitoyable de la vieillesse aux jeunes.

 

Ce n’est pas tant l’animation dans un EMS qui est repoussante, mais l’idée de vieillir. Celle-ci fait peur. Aussi, ce qui rend l’animation peu attrayante, c’est notre vision face à la mort, et bien qu’il soit très difficile de changer les mentalités des personnes, cela ne doit pas nous empêcher de proposer des projets et de voir l’avenir avec ambition.

 

Certes, vivre dans un EMS peut se dérouler dans de bonnes conditions et constituer une étape de vie, mais cela doit se ressentir comme un projet de vie et non comme une fin en soi.

 

Le terme d’animation « socio-culturelle » est très significatif dans un EMS. En effet, les usagers de ces établissements souffrent de deux types de pertes : d’une part la perte grandissante de leurs facultés physiques, telles que les problèmes liés au cerveau (mémoire, accomplissement des tâches quotidiennes, orientation), la vue qui baisse entraînant une cécité progressive, l’arthrose limitant l’utilisation des jambes ou des mains, et, d’autre part, la perte de leur réseau social. Si la première touche inévitablement la totalité des personnes, la seconde, elle, concerne tout de même une majorité.


L’animation en EMS, telle qu’elle est perçue par la plupart des gens, consisterait à divertir et amuser les personnes âgées afin d’égayer des journées mornes et interminables. Néanmoins, dans son intégralité, elle consiste également à instaurer un climat ludique et sécurisant au sein duquel il est possible de développer plusieurs notions avec les usagers. En effet, les divers jeux ou ateliers qui sont mis en place ne sont, somme toute, qu’un prétexte (outil).

 

L’animateur est garant des liens existant entre lui et les résidants mais également des résidants entre eux et, pour ceux qui sont concernés, avec leurs familles.

Il joue également un rôle dans la perduration du lien unissant le résidant à son quartier, sa ville, son pays, ses connaissances (réseau social). Dans une mesure toute aussi importante, il doit veiller à la perduration de liens préexistants qui peuvent fortement s’estomper lors de l’entrée en institution (paroisse, cercle d’amis, habitudes de quartier, manifestations sportives ou ludiques).

 

L’arrivée en EMS peut engendrer un relâchement chez la personne encadrée. La perte de certaines facultés, mais également la multitude d’aides et services proposés par l’établissement peut provoquer une tendance à se laisser aller, jusqu’à abandonner certaines pratiques qui tenaient pourtant à cœur auparavant (lecture, écriture, politique, gymnastique). Dans ce sens, l’animation n’entend pas forcément développer de nouvelles facultés chez la personne âgée, mais plus modestement en stimuler, afin de conserver au maximum celles existant déjà.
Elle compte beaucoup jouer sur les souvenirs grâce à des activités basées par exemple sur le goût, le toucher, l’écoute ou la vision, des sensations qui peuvent faire ressurgir bon nombre de pratiques ou d’anecdotes enfouies. Celle proposée est une base, qui évolue par la suite, les travailleurs sociaux s’adaptant aux facultés de chacun(e) afin de valoriser le résidant dans ce qu’il est encore capable de faire (il ne se représente plus à travers ses pertes mais ses capacités subsistantes). Ainsi, il est plus aisément possible d’éviter le sentiment d’échec, découlant d’une attente mal analysée, que le résidant ne parviendrait pas à combler.

 

L’un des rôles fondamentaux de l’animateur est de représenter cette tension permanente entre les règles institutionnelles et médicales, ainsi que l’épanouissement personnel des résidants. Il serait quelque peu idéaliste de penser que les considérations en lien avec l’épanouissement des résidants doivent constamment primer sur la réalité plus pragmatique d’une prise en charge en EMS. L’essentiel pour un animateur est de pointer cette tension permanente et il est davantage dans l’optique de donner du sens à une fin de vie que de la prolonger coûte que coûte.


Des projets intergénérationnels

La jeunesse d’aujourd’hui est perpétuellement confrontée aux changements, harcelée par les médias de masse. Elle est oppressée par les derniers gadgets médiatiques, ceci au risque qu’un individu se fasse exclure de son propre groupe d’amis. Cela reflète une idéologie qui pousse régulièrement à rénover tout ce qu’il possède. Comment peut-on ainsi demander à une personne de communiquer, de comprendre et ne serait-ce que de respecter les personnes âgées ? Ces derniers sont souvent porteurs de symboles et de coutumes qui vont à l’encontre de l’idéologie inculquée par notre société. Il devient donc de plus en plus difficile de comprendre ses anciens et de s’en rapprocher par des intérêts communs. L’apprentissage et les traditions qui étaient véhiculés par nos ancêtres sont de nos jours remplacés par des Playstations ou des Nintendos.

Les projets intergénérationnels semblent être un élément important dans une perspective d’avenir en vue d’une intégration plus positive des personnes âgées au sein de notre société. Non seulement ils permettent des rencontres souvent inattendues et de prendre ou reprendre contact avec une population qui reste souvent incomprise. En outre, au delà des projets intergénérationnels, nous pouvons toujours rêver d’une autre perspective future.


Le quartier de l’avenir

Genève connaît depuis plus de dix ans une pénurie de logement sans précédent ainsi qu’un taux de chômage le plus élevé de toute la Suisse.
Est-il encore possible d’imaginer un immeuble ou un quartier vivant en communauté ? L’idée peut paraître farfelue, mais les perspectives d’avenir ne sont pas négligeables concernant l’intégration professionnelle, la crise du logement ou encore les projets intergénérationnels.

Les personnes âgées finissent le plus souvent dans un EMS, car elles se retrouvent définitivement seules et affrontent une situation dans laquelle plus personne ne peut s’occuper d’elles. La famille est souvent éloignée et les proches débordés par leur quotidien.

Les jeunes, quant à eux, ont de la peine à trouver un logement digne, surtout lorsqu’ils sont en formation et ont peu de temps pour travailler en dehors des heures scolaires. S’ajoute à cette population les personnes qui n’arrivent pas à trouver du travail (sans emploi) et qui se retrouvent en fin de droit de chômage.

Imaginez maintenant un animateur se chargeant de trouver des habitants qui pourraient se reconnaître dans une situation citée juste au-dessus. Il pourrait organiser une rencontre entre les personnes ayant vécu un tel événement et celles qui le vivent actuellement. Il créerait ainsi le lien. N’est-ce finalement pas son métier de créer le lien ?

 





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