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Brun Maeva
LA RÉUNION SENSIBLE

 

 

L’apnée dynamique de la réunion

 

 

« On plonge dans la pièce

On enfile notre costume de plongée

Celui qu’on a choisi d’incarner

Et de montrer celui qu’on a bien voulu nous donner

Et même parfois on se retrouve avec une casquette imposée

 

C’est impressionnant comme c’est lié

À une histoire de contexte

De moment et de dynamique d’instant

 

Des fois, on doit déterminer un temps

Parfois, on peut se laisser le temps

Encore une fois, cela dépend du contexte,

du moment.

Des fois, pour des raisons personnelles

On n’a pas envie

D’y aller

Suivant le cadre imposé, on est obligé.e.

 

On se met en rond ou dans une autre disposition

Des gens savent mieux parler que d’autres

Des autres sont plus facilement écoutés

D’autres ne sont jamais entendus

Des gens parlent trop pour ne rien dire

Des gens ont une belle élocution

Des gens savent mieux exprimer leurs idées

Des gens ont envie d’être là

D’autres pas

 

Des fois, il y a de la nourriture

Des fois, il y a de l’alcool

Des fois, il n’y a rien

Qu’est-ce que ces éléments changent ?

 

Est-ce qu’à la fin de la réunion les personnes ont pu s’exprimer comme elle le souhaitait ?

Est- ce que les formulations établies ont été perçues de la même manière pour tout le monde ?

Et si ce n’est pas le cas,

Est-ce essentiel ?

Le plus important est l’ambiance de la réunion

Ou ce qui en découlera ?

 

Les poissons peuvent retourner à leur occupation

Et retourner dans leur bocal en rond »

 

 

La réunion des animaux

 

« Aujourd’hui, c’est la grande AG des animaux

Toutes et tous ne viendront pas,

Car certain.e.s doivent vaquer à des occupations bien plus primaires qu’intellectuelles et organisationnelles

D’autres sont malades aujourd’hui

D’autre ne se sont pas sentie écouté.e à la dernière

et ielles n’ont pas envie de revivre

la même sensation d’incompréhension voire même d’exclusion

Certain.e.s n’ont juste pas l’ envie, et ielles en ont le droit.

 

Chaque animal à sa façon de vivre, de se débrouiller, de

chasser, de respirer de se battre, de survivre

Chaque personne à sa façon de gérer ses émotions.

Comment on l’exprime dans une réunion ?

 

Dans laquelle, il faut avancer, des éléments doivent être décidés et conceptualisés

Mais aujourd’hui la girafe est fâchée et va se lancer dans une grande bataille de cou avec son voisin girafe en pleins milieu de la réunion

Encore une action qui découle d’un ego masculin ?

 

La bagarre se règle

 

Mais certain.e.s ont trouvé cela violent

D’autres ont trouvé cela inapproprié

D’autres n’ont même pas remarqué

 

Bref, chacun.e a réagis à sa façon à travers son vécu

Mais cela donne déjà un ton

à cette fameuse réunion

Qui va soulever des problèmes de fond

Dans l’organisation du « bien vivre ensemble » des animaux.

 

L’ornithorynque ne voit pas bien, mais sent bien que cette réunion

Va prendre du temps et ne réglera pas tout

Certains problèmes ne seront pas soulevés

Il en est conscient, mais n’a pas envie de traîner des heures ici.

 

L’araignée veut mettre en place des stratégies efficaces

Et cela le plus rapidement possible.

Elle a déjà des plans d’action dans sa tête et espère bien

Que les autres y adhéreront.

 

L’oiseau à brailler toute la journée, plus personne n’a envie de l’écouter.

 

Le serpent à zieuter tout du long

La ratte assise à côté,

Il aurait secrètement rêvé de la dévorer

 

Elle a senti

Ça l’a dérangée

Elle n’a rien dit

Peut-être, que ces dynamiques sont tant présentes

Qu’on a même plus la force

De les soulever

Elle se dit quand même que c’est important

Elle en parlera à ses copines

Pour amener ce sujet dans pas trop de temps

 

 

Les animaux marins n’ont pas pu se joindre à cette réunion

Car le lieu donné n’était pas dans l’eau

Ils étaient donc dans l’incapacité physique de s’y rendre

 

Peut-être que la prochaine fois tous les animaux auront, si ce n’est l’envie, la liberté, de toutes et tous venir ? »

 

Au sein des réunions, on pourrait imaginer comme la création d’une microsociété qui reflète déjà beaucoup de rapport et des mécaniques de relation humaine. Il existe mille formes de ville, comme il existe mille formes d’organisation sociale et de rapports sociaux et mille autres choses. Tous ces rapports sont régis par des dynamiques.

 

Un lien entre les dynamiques humaines de la société et celles des réunions se dessine dans mon esprit à travers certain concepts. Apportés par Guy Debord, dans son livre intitulé, La Société du Spectacle, dont j’approfondirai les liens dans la suite de l’article.

 

Le courant situationnistes, dans lequel s’inscrit Guy Debord, a créé et réinventé des moyens pour voir la ville d’un autre œil et se la réapproprier de manière plus poétique.

La ballade sensible est un exemple de moyen utilisé par ces révolutionnaires littéraires.

La ballade sensible est une façon de se promener et d’observer seul ou en groupe mais de manière silencieuse.

Déambuler dans les rues en observant et en ressentant des atmosphères. Accompagner d’un carnet dans la main avec un stylo pour rédiger ses propres ressentis, sous formes de mots de dessins, d’image, de textes, de poèmes ou à travers l’envie et la forme qui nous traverse l’esprit.

 

 

Les réunions seraient comme un échantillon d’observation des mécaniques humaines. Voyons ça comme une observation mélangée à une sorte d’expérience. Pour ensuite élaborer une réflexion sur mes ressentis et mon questionnement personnel.

 

Tout ce qui va suivre relève de ma propre subjectivité, que ce soit les expériences personnelles, les expériences de vie collective, familiale et amicale. Ainsi qu’à travers mon regard d’étudiante de deuxième année HETS. Je voudrais m’exprimer sur les dynamiques qui fourmillent au milieu de ces espaces de réunion.

 

Entrons dans la pièce d’une réunion d’organisation d’un festival et observons les acteurs et actrices de cette pièce.

 

C’est dans la salle de la Maison Citoyenne de Meyrin que se déroulent plusieurs réunions liées à l’organisation du festival de Meyrin les Bains.

Le Festival de Meyrin les Bains, c’est quoi ?

- C’est trois semaines de « vacance/détente » au sein de Meyrin pour les meyrinois.e.s.

 

Je viens donc assister à cette pièce en tant que spectatrice observatrice de ce spectacle. J’aurais pu me rendre au Théâtre Forum Meyrin pour aller voir une pièce, mais ce soir-là c’est dans d’autres locaux que la scène s’est montée.

 

L’ordre du jour est déterminé par Claire [stagiaire HETS, troisième annéeet Christine [directrice de la Maisons citoyennes de Meyrin]. Ce sont un peu les metteuses en scène de cette pièce.

 

Pleins d’acteurs et d’actrices sont présent.e.s pour la pièce de la réunion ; les associations participant au festival, les membres des structures sociales.

 

La scène dans laquelle les réunions de Meyrin les Bains se déroulent ne me plait pas totalement. La peinture est blanche les tables blanches, tout est très froid au niveau visuel.

La disposition des tables est en carré et de la nourriture se trouve au centre de la table.

C’est intéressant d’observer qui se sert ou pas ou petit à petit au long de la réunion. Les gens se détendent, s’expriment plus facilement.

Des personnes viennent seules représenter une association, d’autres à deux certain.e.s à quatre.

 

 

Ebullitions de rapports humains

 

Les gens rentrent dans la salle et se placent en relation affinitaire, les personnes de la même association s’asseyent côte à côte.

Les discussions interpersonnelles sont en ébullition.

Certains personnages ont des relations d’amitiés qui se sont créées en dehors des murs du travail.

D’autres relations d’affinité sont présentes, mais créées dans un cadre professionnel. Toutes ces relations, dans le cadre de la réunion, ne doivent pas ressortir. Pourtant, je trouve que les groupes affinitaires sont très positifs et constructifs.

 

Il me semble en effet, qu’il ne faudrait pas avoir peur de les exacerber pour se laisser des zones d’expérimentations. Pour se laisser la possibilité de créer ensemble dans ce contexte-là, à ce moment là parce qu’on a les mêmes envies et que c’est aussi dans ces moments privilégiés et particuliers que des belles initiatives peuvent apparaitre. Toujours dans une idée de ne pas faire de l’« entre soi », mais simplement de se laisser vivre le moment présent sans se poser mille questions.

 

Espace d’expression d’émotions

 

On a toutes et tous des vies bien chargées des situations personnelles qui nous font avoir des réactions différentes selon le jour et le moment de la journée.

J’ai l’impression qu’on se laisse rarement le temps de discuter de ces sujets et de nos ressentis dans des cadres professionnels, mais également dans des cadres intimes.

Peut-être qu’on ne nous a jamais appris à ressentir nos émotions et à savoir les accepter et les vivre, en tout cas pour ma part, j’ai ce sentiment. Les pleurs, les rires dans des situations émotionnelles sont toujours perçus de façon étrange.

 

On devrait être des robots sans émotion comme l’image que peut me renvoyer certains banquiers qui traversent la rue du Rhône mais c’est un rôle dans un contexte que je pose sur des gens que je ne connais pas. Mais je trouve ça triste et morne. Je trouve qu’il y a des sensations et des moments tellement plus forts quand des gens se fâchent s’énervent et qu’ils prennent le temps de régler leur conflit. J’ai l’impression qu’on nous apprend plutôt à les enfuir sous un tapis en rêvant que les conflits s’envolent, se règle tout seul.

J’ai la sensation que les moments de tensions sont parfois nécessaire pour démêler des situations complexes et permettre d’avancer.

Mais trop souvent ces moments sont étouffés.

J’ai le sentiment qu’on cherche constamment à éviter le conflit. Qu’il est perçu comme négatif ou sortant des codes, allant presque jusqu’à être considéré comme un comportement déviant quand trop d’émotion sont exprimée.

Parfois, je me dis qu’il serait peut-être un bon régulateur, qu’il permettrait de poser carte sur table et d’avancer plus rapidement dans certaines prises de décision. Que si la tension éclatait au grand jour peut-être que ça créerait de nouvelles dynamiques. C’est intéressant d’observer que les personnes ont besoins d’exprimer leur colère.

Une petite anecdote qui révèle se besoin d’exprimer ses émotions ; un nouveau bar dans lequel des gens peuvent acheter des assiettes et aller les lancer c’est ouvert et marche du tonnerre.

 

Il me semble que l’outil du Joker vu dans le cadre des outils pratiques en lien avec le théâtre de l’opprimé, serait un outil passionnant à mettre en place dans des réunions. Le Joker est un outil que j’ai trouvé très intéressant, l’idée de disséquer les émotions et les ressentis pour apprendre à déterminer avec quelle émotion on s’exprime, quel langage physique, tous ces multiples évènements qui se passent à un instant T dans une personne X dans un contexte Y.

J’ai vu l’utilité de cet outil dans une idée de décortiquer la complexité qui se trouve en nous. Pour apprendre à mieux se connaître et être conscient.e de nos réactions, de nos émotions et des mécanismes d'oppressions qu'on peut avoir sur certaines personnes. Dans l'horizon, de pouvoir encore mieux  fonctionner en réunion, en ville et en dans la Société ?

 

« A mesure que la nécessité se trouve socialement rêvée, le rêve devient nécessaire. », La Société du spectacle (1967) de Guy Debord.

 

 

« Reste encore à parfaire
Ciseler quelques mots
Poser une ou deux pierres
Il le faut
Et puis aussi
Laisser courir le temps
Voir comme il agit
À présent
Sans repère »,

 

D’azur au triangle vidé de sable (1998) de Alice Becker-Ho

 

 

Bibliographie :

 

Ballade sensible : https://journals.openedition.org/metropoles/2902

 

Société du spectacle : https://la-philosophie.com/debord-la-societe-du-spectacle-resume

 

Dynamique de poisson : https://actu.epfl.ch/news/un-robot-espion-chez-les-poissons/

 

Zapping sauvage : https://www.youtube.com/watch?v=SgzXKCuM9CA

 

Les 6 chapeaux dans le Jocker :

https://www.lescahiersdelinnovation.com/2016/11/les-six-chapeaux-de-bono/

 

Des skaters autoconstruisent l’espace public

https://www.reiso.org/articles/les-dossiers-annuels/2703-des-skaters-autoconstruisent-l-espace-public

 

L’aventure participative d’un quartier populaire

https://www.reiso.org/articles/les-dossiers-annuels/2810-l-aventure-participative-d-un-quartier-populaire

 

 

L’eau va au moulin, Regards croisés de travailleuses sociales dans le quartier des Libellules Isabelle Lamm, Johanna Velletri et Alexandra Pittet, Genève 2017

 

Twelwe angry man: https://gloria.tv/video/kBtf4SFf7irr6fpWUZSNj3HJQ

 

E. Morin ,Les paradoxes de la complexité : système, tout, partie  :

https://www.youtube.com/watch?v=JuqLz2VqbLg

 

Comprendre l'oppression sytémique, Jeanne :https://throughmermaidseyes.wordpress.com/2017/06/29/comprendre-loppression-systemique/

 



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