recherche
anim.ch > Documentation thématique > Apports d'étudiants > 2018 Terrains, thématiques et complexité > La posture de l'animateur socio-culturel à l'expression des parents concernant les valeurs de l'accueil libre par De Matos Pedro
  
login
pass
  
La posture de l'animateur socio-culturel à l'expression des parents concernant les valeurs de l'accueil libre par De Matos Pedro

La posture de l'animateur socio-culturel à l'expression des parents concernant les valeurs de l'accueil libre 

 

En fait, les parents veulent juste comprendre, et on se doit de leur expliquer, partager notre vision, nos pratiques et le sens de toutes nos actions à travers ces valeurs qui sont celles de l’animation. Je fais le constat qu’aujourd’hui,cette nouvelle tendance de rendre acteur les parents en les invitant à participer au projet institutionnel me parait un des nouveaux enjeux de l’animation socioculturelle. Nous devons  dialoguer avec les parents afin de faire émerger chez eux le pouvoir d’être satisfaits ou pas, d’être acteurs et co-constructeurs de leurs souhaits et de leurs besoins pour encourager une réelle participation et  entrevoir à l’avenir une autogestion de la vie de quartier.  

 

Dans le cadre d'un module de formation en animation socioculturelle ou l'on questionne la professionnalité, le sens et fonction, j'ai pu me rendre sur le terrain de la Maison de Quartier de Carouge où j'ai pu m'immerger lors de deux observations et questionner la pratique des animateurs-trices sur l'accueil libre et la façon parfois maladroite de parents de s’exprimer sur celui-ci.

Dans ma fonction de responsable de ludothèque, j’ai souvent été emprunté lorsque ce type de propos, qui remettait en cause le cadre et les valeurs institutionnelles, m’était adressé. Les lectures d’Edgard Morin et la compréhension à la pensée complexe mon amenés à comprendre les choses différemment.Une phrase de ce sociologue et philosophe français illustre bien cette dimension :« Le contraire d’une vérité n’est pas un mensonge mais une autre vérité ». Les propos des parents concernant le cadre de l’accueil libre m’ont fait comprendre que beaucoup d’entre eux ne savent pas ce qu’il en est et que simplement ils veulent comprendre. Grâce aux outils vus durant le module : comme le théâtre de l’opprimé, le développement du pouvoir d’agir et la pédagogie active, ceux-ci m’ont permis de déplacer mon regard et ma posture.

 

 Mon évolution du regard par rapport aux propos de parents

 

Récemment, j’ai eu le reproche d’un papa concernant la pédagogie active que j’encourage à la ludothèque auprès des enfants. J’ai été critiqué car j’entends favoriser les enfants à se servir tout seul. Je sais la valeur que je défends dans cette intention, à savoir la prise d’autonomie. Pourtant mon positionnement vis-à-vis du parent était jusque-là inexistant, car je fuyais ces propos en ne me positionnant pas ou en me positionnant souvent comme victime. Pourtant ce jour-là, j’ai dialogué avec lui et je lui ai fait part des valeurs qu’il y avait derrière cette pratique. Soit être dans une posture d’observateur pour voir l’envie des enfants de se servir tout seul et leur capacité à le faire, ce pour faire comprendre à ce papa l’intention que je défendais. Celui-ci m’a fait part de ses doutes, je les ai entendu et lui ai répondu au lieu de mal prendre sa remarque.

Le théâtre de l’opprimé est un des outils qui m’a permis de faire ce déplacement. Aujourd’hui je n’entends plus à éviter ces propos, mais je les écoute et cherche à désamorcer la situation afin d’aller de l’avant. En fait, les parents veulent juste comprendre, et on se doit de leur expliquer, partager notre vision, nos pratiques et le sens de toutes nos actions à travers ces valeurs qui sont celles de l’animation. Je fais le constat qu’aujourd’hui, cette nouvelle tendance de rendre acteur les parents en les invitant à participer au projet institutionnel me parait un des nouveaux enjeux de l’animation socioculturelle. Nous devons  dialoguer avec les parents afin de faire émerger chez eux le pouvoir d’être satisfaits ou pas, d’être acteurs et co-constructeurs de leurs souhaits et de leurs besoins pour encourager une réelle participation et  entrevoir à l’avenir une autogestion de la vie de quartier.

 

 Mon nouveau regard sur la profession

 

Mon regard sur le métier à évolué en un mieux-être et un mieux-faire. Je vois le métier dans l’émancipation et l’encouragement, dans un objectif de défense des droits humains et des valeurs universelles. Le métier d’animateur-trice dans une société idéale, plus juste, ne devrait pas exister, nous ne sommes que le reflet d’une société qui dysfonctionne et dans laquelle nous retissons du sens pour les personnes qui nous entourent. Les valeurs issues des droits humains, de la charte du travail social et de l’animation sont des socles nécessaires pour notre posture professionnelle. On voit l’importance de la posture pour l’animateur-trice, lorsqu’il/elle est interpellé-e, il/elle doit être en mesure de savoir comment répondre ou non aux propos (questions, critiques, remises en question) des parents. 

Essayer d’anticiper cette problématique est également possible et la rencontre de K. Menine, journaliste et écrivaine urbaine m’a fait comprendre l’importance de rendre visible par des écrits, tant journalistiques que scientifiques, notre pratique et les valeurs qui nous habitent.

En revanche, je me questionne encore sur le fait de savoir pourquoi l’accueil libre rencontre encore des contradictions, soit entre les valeurs d’ouverture et des accueils spécifiques à des tranches d’âge, entre l’obligation de respecter les cadres horaires d’accueil et des inscriptions obligatoires, ce qui a pour effet collatéral de devoir renvoyer les enfants  dit « clés au cou » (laissés à eux-mêmes), donc les plus fragiles, qui  ne peuvent pas être accueillis.

Finalement j’aimerais, dans un objectif de travail global, pouvoir encourager la population dans ses désirs ou ses besoins de les réaliser par eux-mêmes. Soit leur donner les moyens d’agir, ce qu’on nomme l'empowerment, dans un cadre de démocratie directe, pour promouvoir la participation, la cogestion voir l’autogestion.

 

Mon positionnement avec le cadre

 

Ma compréhension est que le cadre est défini par les valeurs défendues par la profession et que celle-ci s’applique au contexte qui correspond, lui, à la réalité, au terrain et à son environnement. L’action dépend du contexte qui évolue constamment, donc l’action doit être questionnée en lien avec les valeurs défendues. Mon positionnement avec le cadre, donc avec les valeurs, est clair, il me permet une assise, de conforter ma posture. À mon avis l’accueil libre ne peut pas être uniquement établi dans le contrôle, mais plutôt dans l’échange sur un cadre défini, flexible, modulable, dans des limites et contraintes exprimées, réfléchies et communément acceptées.

 

Conclusion

 

L’animation socioculturelle a encore beaucoup de défis à relever à Genève et ailleurs, elle devra sans cesse continuer de s’interroger pour évoluer et acquérir de nouvelles pratiques et de nouveaux outils. En comparaison avec la médecine exercée aujourd’hui, celle-ci ne s’est pas faite en quelques années. L’animation à contrario est encore au stade de grands développements à promouvoir.

Des idées comme les triporteurs et la cogestion de projets avec les habitants encouragent déjà l’empowerment et la participation. À l’avenir, on pourrait même imaginer des Maisons de Quartier cogérées, voir autogérées par les habitants eux-mêmes et sans professionnels, une sorte d’utopie concrète pour mieux construire une société idéalement plus respectueuse de l’existence et de la co-existence des un-e-s et des autres.

 

Comment encourager les parents à devenir acteurs au sein des activités en Maison de Quartier en les intégrant dans un processus de co-réflexion et de co-participation?

 

 

Dans le cadre du module E6, intitulé « professionnalité, sens et fonction », j’ai été invité à observer dans un premier temps un accueil au sein de la Maison de quartier de Carouge dans le bâtiment principal des Grands Hutins. Dans le cadre de cette observation, j’ai pu interroger tant les animateurs que les parents sur l’accueil qui était opéré dans ce lieu et comment celui-ci était vu par les parents. À mon grand étonnement, je n’ai eu aucune insatisfaction de la part des parents et accompagnants interrogés durant mon temps d’observation.

En parallèle, en revanche, dans le cadre de ma fonction actuelle de responsable de la ludothèque des Libellules à Vernier, j’ai eu des doléances de parents insatisfaits et mécontents de l’offre qui leur était proposée à Vernier concernant les différentes modalités et typicités des offres d’accueil. Ne trouvant aucune solution et aucune réponse à leurs insatisfactions, j’aimerais à l’avenir être en mesure de pouvoir répondre adéquatement à ce genre de remarques et questionnements.

Grâce aux outils proposés dans le cadre du module E6, ceux-ci nous permettrons, à nous, futurs TS en animation, de désamorcer des situations conflictuelles et d’agir adéquatement. Ces outils nous offrent la capacité de modifier des positionnements et regards parfois critiques d’une situation sur un plan tant politique que citoyen que personnel. E. Morin, nous enseigne la complexité et comment nous pouvons relier des choses opposables sans les rendre antagonistes pour autant.

Les outils présentés dans le cadre du théâtre de l’opprimé, par exemple, me permettent, aujourd’hui, à moi, futur animateur, de modifier le regard et la situation d’un parent se sentant victime et se plaignant d’une situation qui est pour lui insupportable. En expérimentant dans mon cadre professionnel ces outils, j’ai pu, et je sais plus ou moins aujourd’hui comment grâce à ceux-ci, modifier des situations en me positionnant de façon plus claire dans ma fonction et ma posture. La compréhension globale, holistique et complexe peut permettre à tout TS une décentration de soi pour soi-même et envers les interlocuteurs avec il interagit, afin d’expérimenter le point de vue des autres avec leurs difficultés et leurs ressources propres.

Mon but n’était pas ici d’incriminer le choix d’une Commune dans son organisation d’offres de prestations d’animation socioculturelles, bien au contraire, mais de comprendre et de faire émerger la capacité de rendre les parents insatisfaits ou pas, à être acteurs et co-constructeurs de leurs souhaits et besoins pour encourager une participation et une prise réelle d’empowerment dans l’organisation valant pour l’individu, son groupe et son contexte. Pour cela j’ai observé et interrogé les animateurs de la Maison de quartier de Carouge (MQC) sur la création du lien avec les parents et leurs enfants dans le nouveau quartier, appelé : Carouge Est. Il me paraît plus intéressant de voir ici la mise en place d’une sorte de présence d’animations sociales dans un nouveau quartier où tout est à construire à ce niveau-là.

 

Contexte Historique de la Maison de quartier de Carouge

 

La Maison de quartier de Carouge, naît en 1963, sous l’appellation « Centre de Loisirs de Carouge » grâce à l’engagement de différents groupes d’intérêt (Paroisse protestante et catholique, Association des Habitants de Carouge et le Conseil administratif et municipal de Carouge). Le centre se trouve alors à l’école des Pervenches et il est l’un des plus anciens centre de loisirs du canton de Genève.

En 1969, le centre déménage à l’espace Grossellin dans la mouvance militante et contestataire des années 70. Les relations avec les autorités politiques communales, avec cette typicité d’être dans la 3 contre-culture, ont amené les TS à un tournant dans les années 80 à reprendre un processus d’intégration à la vie locale, qui a finalement abouti à une collaboration de proximité avec les autorités carougeoises dans les années 90, suite aux nouvelles crises économiques et difficultés sociales qui en ont découlé.

En 1992, un changement de nom s’opère, le centre s’appelle désormais « Calsibraille », ancien nom donné à une part importante de la population, à l’époque où Carouge était encore piémontaise.

En 1997, l’annexe des Moraines permet à la MQC d’offrir des places d’accueil pour les 4-12 ans, les mercredis après-midi et durant les vacances scolaires.

Jusqu’en 2004, une collaboration avec la maison de quartier des Acacias permettait d’accueillir le centre aéré d’été à Jussy. A cette date, les autorités ont mis à disposition un terrain avec une maison sur le canton de Vaud, à la Rippe, pour satisfaire les besoins croissants des familles.

C’est en 2009 que l’association devient une Maison de quartier. Le comité et l’équipe souhaitant s’ouvrir à toutes les populations et à tout Carouge. En octobre 2009, elle inaugure alors au parc de Batelle, au sein du nouveau quartier de la Tambourine, son énorme nouvelle structure avec la possibilité pour les familles et associations d’y louer des locaux.

En 2010, l’association s’occupe de la gestion des espaces des Grands-Hutins, de l’espace Grosselin, ainsi que des Moraines et de la maison de la Rippe sur Vaud pour les centres aérés.

En 2013, la densité en habitants augmente considérablement avec la venue autour des Grands-Hutins des nouveaux quartiers de Grande-Pièce et de la Vigne Rouge.

C’est en 2015, avec l’arrivée de nouvelles habitations du côté du Val d’Arve-Carouge-Est, qu’est décidé entre l’équipe et le comité d’investir avec un triporteur ce nouveau quartier, pour renforcer le travail de proximité et être un facilitateur de communication pour les habitants.

 

Terrain d’observation

 

Ce nouveau quartier à forte urbanisation et mixité sociale a été investi par les travailleurs sociaux dans le cours de l’année 2015 pour renforcer un travail de proximité. Ce quartier compte énormément de logements sociaux et un taux de chômage au-dessus de la moyenne. Pour prévenir toute détérioration du tissu social, la MQC avec son comité et ses travailleurs sociaux, en partenariat avec la FASe, a mis en place un projet d’investissement des lieux avec un triporteur, qui sert à l’équipe de la MQC comme support d’activité et de communication dans des projets d’animations mobiles. Ce projet s’inspire de l’équipe de pré-en-bulle qui a beaucoup utilisé les triporteurs comme outil de rencontre. Cette action permet de libérer la parole et encourage l’échange avec les habitants du quartier, dans la même idée d’action que les « porteurs de paroles ». Durant l’hiver, un petit local sert de lieu de présence.

 

Ce n’est donc pas un accueil qui est proposé à Carouge-est, mais bien seulement une présence d’un animateur accompagné d’un moniteur qui s’effectue. Ce choix d’offrir une présence au lieu d’un accueil permet aux habitants d’être plus dans l’empowerment, parce que le fait de ne rien y proposer de la part du duo d’animation, hormis cette présence, permet l’émergence de l’expression de leurs souhaits au lieu qu’ils se fassent proposer des choses préalablement pensées, un temps de loisirs dont ils auraient été de simples consommateurs. En effet, lors de mes observations et mes discussions avec les professionnels du terrain, j’ai remarqué que le TS n’était qu’un facilitateur qui encourage les habitants à ne plus être spectateurs, mais bien « spect-acteurs ». Cette posture d'« être », plutôt que de « faire à la place ou pour », amène les habitants à être engagés dans un processus d’investissement personnel et de l’ensemble de la population. Effectivement, de nombreuses doléances et remarques sur les conditions de vie des habitants ont permis aux autorités politiques, grâce à cette opération mobile, de réaliser les besoins qui manquaient dans ce quartier. Pour exemple les bancs et poubelles absents  jusqu’à la mise en lien des habitants avec les autorités pour palier à ce manque. En parallèle, avec les TSHM de Carouge, les TS de la MQC soutiennent et valorisent les associations du quartier. Ils ont, avec la participation des habitants, organisé des réunions qui ont fait émerger le souhait des adultes d’organiser des fêtes de quartier. On peut constater que les actions mises en place à Carouge-Est correspondent tout à fait avec le « tableau des missions et objectifs des animateurs des centres socioculturels genevois » (FASe-état, 2004).

 

Questionnements

 

J’ai questionné les animateurs sur l’évolution future et la participation des habitants dans le projet. Selon les animateurs, l’offre actuelle par la présence d’une petite équipe d’animation durant les temps périscolaires avec le triporteur garantit et satisfait pour le moment un espace d’échange convivial et d’écoute suffisant pour les habitants. À ce jour, comme il n’y a pas eu d’accidents et d’incidents, rien de plus ne sera en place. Mais selon une hausse probable en fréquentation, il sera certainement question avec les autorités d’envisager un lieu permettant un accueil annuel. Celui-ci s’inscrirait dans de l’accueil libre, dès 8 ans sans accompagnant comme aux Grands-Hutins et moins de 8 ans accompagnés. Pour le moment, les habitants sont porteurs de leur projet, puisqu’ils ne sollicitent que les animateurs pour les aider à organiser des soirées repas et autres petits besoins. Une offre d’accueil libre a été mise en place durant deux semaines à Carouge-Est pour les deux mois d’été.

 

C’est bien les animateurs qui s’invitent à soutenir les projets et à participer aux repas, au lieu de s’occuper de la gestion. Les animateurs rejoignent ainsi des approches d’empowerment au niveau des liens sociaux et empêchent également le glissement dans la nouvelle gestion des politiques publiques qui inscrit l’animation socioculturelles (Goy & Varcher) dans une mission de service public, avec le risque que si l’association ne respecte pas le cadre préalablement entendu, elle peut se voir amputée d’une subvention empêchant son fonctionnement. Varcher & Goy interrogent le sens de l’action de l’animation. En résumé l’animation n’est pas « faire entrer les habitants d’un quartier en relation, mais en se fondant sur cette relation, de permettre à l’acteur potentiel d’entrer dans un processus d’émancipation collective ».

 

Dans le cadre de l’apprentissage des outils, j’ai découvert le CEMEA, qui enseigne des méthodes pour l’éducation nouvelle. Elle se réfère au courant de nouvelles approches éducatives portées déjà au XVI siècle, entre autres par De Montaigne et ensuite par Claparède, Steiner et Montessori. Cette méthode d’éducation plus ancienne que l’éducation populaire est très différente du point de vue de qui, et de comment, s’opère la transmission du savoir. Elle s’approche, de mon point de vue, des méthodes et approches de ma lecture du texte de « L’Accueil Libre en Terrains d’Aventures et Jardins Robinson. Une pratique à (re)découvrir ».

 

Le principe de la nouvelle éducation est de susciter l’envie d’apprentissage chez l’enfant et non de l’y contraindre, l’adulte n’est pas celui qui distille le savoir, c’est celui qui facilite l’envie selon la direction prise par l’enfant d’aller vers un « ils veulent ce qu’ils font » ce qui ne signifie pas, comme souvent interprété d’un point de vue profane et extérieur, « ils font ce qu’ils veulent ».

 

Il y a des points de tension quand l’observateur, souvent un parent, ne comprend pas, par exemple, l’intérêt d’une telle approche qui peut lui sembler déraisonnable. On peut évidemment mettre ces points de tension en parallèle les uns avec les autres, en abordant ici une toile bien complexe qui s’est tissée, se tisse en continu et se tissera encore, ce en relation avec sa propre historique personnelle, tant culturelle, qu’à la domination aspirante d’un courant néolibéral dans lequel l’on est plus consommateurs  qu’acteurs de nos conditions de vie. Comme Cattin l’exprimait si bien, il y a deux courants, soit consommer les loisirs comme un bien de service ou vivre le loisir comme une expérience enrichissante. La question d'« être » plus que de « faire » devient ici une question primordiale pour le TS en animation. Répondre à un besoin ne pas permet pas à la personne de répondre elle-même à son besoin et ainsi de sortir de sa condition de dépendance et lui garantir le maximum d’autonomie, qui est pourtant une des missions explicitée dans l’extrait de convention FASe-Etat : « favoriser le développement personnel », sous les libellés « Permettre, donner goût à l’apprentissage » et « Développer la responsabilité ». Faire à la place de l’autre nous donne juste l’illusion de faire notre travail.

 

Gillet nous dit qu’il y a deux types de socialisations, reprenant en cela l’analyse du sociologue Guy Rocher, la première est une volonté de changer de milieu ou d’innover son milieu et la seconde de s’y conformer. L'exigence pour les animateurs socioculturels, nous dit Gillet (p.4), sera « d'encourager les personnes à devenir acteurs sociaux autonomes et stratèges » pour rendre plus aisé l'apprentissage par l'expérience. Nous pouvons à nouveau lier cela avec « l’éducation Nouvelle » où, la capacité intrinsèque de chaque individu, lui permet d'endosser plus de capacités d'autogestion. Cette approche explique et résume des pratiques et fonctionnements qui rendent les individus maîtres ou pas d’eux mêmes. Cela s’inscrit encore dans la fausse illusion d’être dans le faire plutôt que dans l’être.

Selon, S. Scherrer (Psychologue et formateur au CEMEA) « le pouvoir naît de la responsabilité ». Le devoir que devrait avoir tout animateur est de responsabiliser les individus pour leur donner le pouvoir. Selon Gillet (p.4), « la liance et non pas l’alliance, correspond à chercher du sens, la défiance à la rupture des liens sociaux et humains, l'isolement et la solitude, les crises d'identité et le désengagement citoyen ; la reliance à l'acte de créer ou de recréer des liens, d'établir ou de rétablir une liaison entre une personne et un système dont elle fait partie ».

 

Finalement, on peut penser ici qu’il y a un paradoxe entre la proposition d’émancipation de Varcher & Goy, qui s’oppose à une des valeurs du TS, valeur qui aurait pour mission de faire du lien, sans considération non plus de la proposition de lances, déliances et relances de Gillet. Si l’on observe de manière plus complexe ces deux propositions d’approche on voit qu’elles ne s’opposent pas, on peut avec la complexité les relier.

 

Pour conclure

 

Mes observations sur le terrain, les cours sur les outils, les lectures et les échanges avec mon correspondant ainsi que les professionnels-terrains, m’ont permis de trouver par quels moyens je peux envisager de désamorcer les difficultés que j’ai exprimées à partir de ma situation de départ, soit à savoir comment répondre dans ma pratique professionnelle à une insatisfaction et/ou doléance de la part du parent. Ma lecture de J-M. Goy et P. Varcher m’a fait comprendre l’importance et le risque du glissement d’être uniquement dans la prestation de service en animation socioculturelle. Il s’agit donc d’être attentif à cette tendance de productivité et de satisfaction consumériste de nos conditions sociale et sociétales. Dit autrement, de titiller le sens de nos actions afin de permettre aux personnes de saisir leurs capacités d’agir dans leur environnement et de les encourager à le transformer consciemment selon leurs besoins et leurs envies.

 

Notre mission réelle est de responsabiliser les gens, afin qu’ils ne soient pas spectateurs mais acteurs, qu’ils ne soient pas juste consommateurs mais consomme-acteurs. C’est leur donner le pouvoir et garantir l’empowerment des individus et ainsi permettre de répartir et distiller du vrai pouvoir démocratique. En effet, pour responsabiliser il ne sert à rien de faire à leur place, il s’agit juste d’être des facilitateurs : soit les laisser faire comme dans l’éducation nouvelle et dans les valeurs de libre  adhésion et d’encouragement au laisser faire telle qu’exprimées dans la charte de l’accueil libre en terrain d’aventures et Jardin Robinson. Pour conclure, offrir à des parents et à leurs enfants des capacités d’agir par eux-mêmes sur les intérêts qui les concernent, permet de garantir d’une part l’empowerment, la participation collective à des projets de quartiers et par conséquent aux liens qui en résultent et au final de permettre à ceux-ci de gagner une meilleure compréhension globale des individus entre eux, de créer une plus grande solidarité.

 

Bibliographie :

 

1. L’accueil libre en Terrains d’Aventures et Jardins Robinson, une pratique à (re)découvrir, (2015.) Consulté le 27.05.2018 sur http://newsletter.fase.ch/site%20FASe/Accueil_libre_2015.pdf 

 

2. Conclusion du Colloque International sur l’Animation. J-C.Gillet RIA Paris, 31 octobre 2013. Consulté le 27.05.2018 sur http://www.gillet-animation.fr/archives/pdf/Jean-Claude%20GILLET%20- %20Conclusion%20Colloque%20internation%20RIA2013Paris%20- %2010%20ans%20RIA%202013.pdf

 

3. L'animation dans les quartiers menacée par la nouvelle gestion publique. J-P.Goy&P.Varcher Carrières Sociales Editions, Genève 2014 http://books.openedition.org/cse/283?lang=fr

 

4. Porteur de Paroles. Consulté le 27.05.18  https://www.youtube.com/watch?v=FZI8xm-auVE 

 

5. P.10 : extrait de la convention FASe-Etat –Genève mars 2004 » Tableau des missions et objectifs des animateurs des centres socioculturels genevois. Consulté le 27.05.18 sur http://www.mqthonex.ch/dev2/images/DocsOfficiels/Projet-associatif-MQT-2012-03.pdf

 

Sources :

 

Personnes interviewées :

 

Nicole Cosseron: coordonnatrice de la Maison de Quartier de Carouge

 

Aurélia Collet : animatrice à la Maison de quartier de Carouge 

 

Xavier Gilloz : animateur à la maison de quartier de Carouge



← retour

autres éléments (32) dans "2018 Terrains, thématiques et complexité":
La posture professionnelle  22.06.2018
Jeunes au Bupp : la citoyenneté agressée, la place des jeunes dans la ville  19.06.2018
La posture de l'animateur socio-culturel à l'expression des parents concernant les valeurs de l'accueil libre par De Matos Pedro  15.04.2018
100 ans de la HETS, du projet aux actions   15.04.2018
Action professionnelle et militance en EMS - Benz Sarah  15.04.2018
Animation socio-culturelle et militantisme : vers une professionnalisation du militantisme ? (Van Beek Gaëtan)  15.04.2018
Brun Maeva  15.04.2018
Conia Francesco  15.04.2018
Contrats de Quartier à Vernier : accompagnement participatif et posture des professionnels  15.04.2018
De Freitas Correia Fabio Roberto  15.04.2018
Duarte Pais Sabrina   15.04.2018
Entre engagement citoyen et normalisation, la place des associations de jeunes dans les communes  15.04.2018
Karaköse Gianni Animateur socioculturel, un métier souvent remis en questions.  15.04.2018
Kronneberg Solange  15.04.2018
L'Animation en rédaction ; ou les paradoxes d'une profession mal connue. (M. Nachira)  15.04.2018
La libre adhésion est-elle une action éducative ? (N. Cosandier)  15.04.2018
La posture professionnelle de l'animateur-trice socioculturel-le  15.04.2018
Lapierre Jayson  15.04.2018
Le décloisonnement des centres de quartier  15.04.2018
Le joker du théâtre de l'opprimé, quel lien avec le travail d'animatrice en Terrain d'Aventure ?  15.04.2018
Le rapport à l'écrit chez les Animateurs - trices Socioculturels - elles et les champs de tensions qui en découlent.  15.04.2018
Les alternatives éducatives à l'école primaire des Grottes (Liridon Ibishi)   15.04.2018
Maman, citoyenne à plein temps !   15.04.2018
Ménétrey Coline  15.04.2018
Negroni Diana  15.04.2018
Parejas Célia  15.04.2018
Partir de la différence et voir ce qui fait se rejoindre  15.04.2018
Quand est-ce que la grenadine a remplacé le Molotov ? (Thomas Muza)  15.04.2018
Quelle est la place d'un suivi individuel dans l'animation socioculturelle ?  15.04.2018
Questions (im)pertinentes aux TSHM  15.04.2018
Schwarb Aurélie  15.04.2018
TSHM "Chênes and CO"  15.04.2018