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Karaköse Gianni Animateur socioculturel, un métier souvent remis en questions.

 

L'animation socioculturelle est un métier du domaine social qui a souvent du mal à se faire comprendre par les politiques, les habitants d'un quartier et également par les personnes côtoyant les institutions d'animations. Ainsi, les professionnels sont souvent amenés à expliquer le rôle qu'ils occupent et les missions qu'ils doivent accomplir aux différents acteurs avec qui ils collaborent.

 

De ce fait, j’aimerais ici faire apparaître les tensions que les équipes d’animateurs vivent en devant défendre et justifier quotidiennement leur travail auprès des différents acteurs qu’ils côtoient et à travers ces tensions, proposer quelques outils à mettre en place afin de faciliter l’explication de leur métier.

 

L’animation socioculturelle est une pratique basée sur des actions et des projets visant à promouvoir des valeurs établies comme essentielles au bon fonctionnement d'une société civilisée ; le développement des échanges, le partage, la solidarité, le respect, la libre adhésion, la participation, la valorisation du sens critique, l’accès à la culture, la confiance, la bienveillance et la valorisation. Il s’agit entre autres de tendre à :

  • Favoriser des processus permettant une prise en charge autonome d'acteurs individuels ou collectifs capables d'influencer sur leur propre situation, leur avenir et leur environnement (Charte du TSHM, 2005)
  • Favoriser et maintenir le lien social, la solidarité entre les individus et le sentiment d'appartenance. 
  • Lutter contre l'exclusion, la marginalisation et les discriminations.
  • Promouvoir les différences (culturelle, ethniques, pensées, âges,...).
  • Offrir un soutien aux populations fragilisées.
  • Mettre en place des actions de prévention et visant la justice sociale (soutenir les personnes, liberté d’expression, démocratie…).
  • Favoriser la communication entre les différents acteurs sociaux et politiques.
  • Contribuer au développement, à l'émancipation et à l'épanouissement des individus.
  • Permettre l'expression d'une citoyenneté active quel que soit ses compétences, son origine, ses difficultés, etc.
  • Tenter d’apporter une réponse aux besoins et problèmes exprimés par les individus.
  • Maintenir des réseaux d'insertion sociale et d'exercice de la citoyenneté.

(Martin, A., Morand, C., Cortes, J., & Noémie, L’animation socioculturelle et la professionnalité, 2016, p. 3-4)

 

Selon des étudiants de la haute école de travail social, ces missions de l’animation socioculturelle sont essentielles. Cette liste n’est pas complète donc pas exhaustive mais elle nous donne déjà un reflet des principales valeurs et actions qui inspirent l’animation socioculturelle.

 

Selon la charte cantonale des centres de loisirs, centres de rencontres, maisons de quartier, jardins robinsons et terrain d’aventure du canton de Genève, l’animation socioculturelle se base sur des axes prioritaires. Effectivement, l’action éducative, complémentaire à celles de la famille et de l’école pour les enfants et adolescents, correspond au mandat des centres, tel que l’a défini le Conseil d’État. L’action associative et socioculturelle destinée à toutes les populations est un travail d’animation que développent les centres, avec et pour leur base associative : l’animation de quartier pour le renforcement du tissu social. Ces deux lignes directrices sont indissociables, l’action éducative et l’action associative, socioculturelle étant intimement liées : c’est à partir d’elles que se conçoivent et se réalisent les projets d’animation spécifiques à chaque centre. Tous deux poursuivent le même objectif fondamental : la prévention des exclusions et des tensions sociales.
(Charte Cantonale, 1993)

Après avoir défini l'animation socioculturelle, il est important de déclarer comment  fonctionne un lieu d'animation. Par exemple une maison de quartier. A Genève, l’animation socioculturelle s’est notamment développée dans des maisons de quartiers.

 

Une maison de quartier est une association régie par un comité contenant au minimum un président, un trésorier et une secrétaire. Ce dernier, est composé d'habitant du quartier désirant s'impliquer dans la participation des projets d'animations dans une envie de créer un espace de vie plus agréable. Il se base sur une logique d’action éducative, car il favorise des projets qui amènent les personnes à avoir des responsabilités, à  faire de nouvelles découvertes et qu'ils puissent trouver leur place au sein d'un groupe et se créer une identité.

 

Pour ce faire, le comité, avec la collaboration de la fondation genevoise pour l'animation socioculturelle (FASe), qui englobe pratiquement toutes les maisons de quartier du canton de Genève, engagent des professionnels qui mènent des actions et des projets en lien avec les valeurs et les missions [1] de la FASe et de l'association.

 

Durant leur pratique, les animateurs doivent être capables de se questionner, mais aussi d’inviter l’autre à s’interroger, ce qui demande une prise de recul. Le rôle de l’animateur est d’accompagner le public cible à développer une autonomie et une responsabilisation.

 

Les professionnels gèrent des actions, promeuvent et/ou organisent des événements et des activités, dans tous les endroits où l’on pratique l’animation. Ses actions se basent sur des valeurs tel que, le respect de l’individu, de ses croyances, de sa culture. Ce respect implique une posture du professionnel qui induit de la tolérance et le respect de la liberté de l’autre, que ce soit d’expression et d’opinion. Le professionnel, est garant de l’égalité pour tous et toutes, porte attention aux minorités et favorise la solidarité. Les valeurs que défendent les animateurs ont pour idéal de permettre une vie agréable à tous.

 

Pour être au plus près de ces valeurs, l’animateur, par le biais des diverses activités qu’il met en place, du lien qu’il construira avec les individus ainsi que la confiance qu’il instaurera dans ces liens, l’animateur pourra entamer la passation des valeurs fondamentales de sa pratique. Des outils comme La médiation, la communication non-violente, sont aussi à garder en mémoire afin de soutenir ce processus de passation.

 

Cependant, durant l’application des missions définis par les différents acteurs, cela arrive qu'il y ait des contradictions ou des incompatibilités dans la compréhension du rôle ou du mandat de l’animateur entre les attentes des habitants, du comité et des instances publiques qui peuvent mettre l'animateur en tension. D’une part, les pouvoirs politiques amènent des idées de projet ou des demandes spécifiques et d’autre part, le comité ressent d’autres besoins et d’autres priorités, par exemple, les politiques souhaitent que les animateurs soient plus visibles alors que le comité désir qu’ils favorisent plus la participation des populations fréquentant les maisons de quartier. Il n'y a pas de juste ou faux. Mais de ce fait, des tensions dialogiques apparaissent. L’animateur doit prendre en compte les demandes et les constats du comité ainsi que ceux du pouvoir politique, et si ces demandes sont en contradictions, il doit pouvoir les articuler en un ensemble, souvent complexe. L’animateur devra donc être à l’écoute et créatif.

 

Du fait que ces tensions viennent en partie du fait que les mandats ou le rôle des animateurs n’est pas forcément compris de la même manière par tous, m’amène à penser que des outils permettant de réfléchir collectivement à une problématique pourraient être utiles sur ce genre de situations. Pour permettre aux animateurs d’atténuer les tensions qu’ils pourraient ressentir, ils peuvent mettre en place des outils afin d’expliquer à l’aide de jeux, leur mission et le métier qu’ils mènent. Parmi ces outils, il y a le théâtre de l’opprimé présenté par Madame Von Wyss et les outils ludiques pour développer la vie associative présenté par la Fédération des Centres et Loisir et de Rencontres (FCLR).

 

Outils :

 

Théâtre de l’opprimé

 

L’expérience théâtrale permet aux participants, avec le naturel qui leur est propre, d’aborder des thèmes et des sujets délicats tout en restant dans le jeu et l’amusement. L’outil proposé suscite l’interrogation, la réflexion et la prise de conscience. L’un des énormes atouts du théâtre comme outil relationnel est de créer un climat favorable d’apprentissage, agréable et ludique, pour un échange constructif de compétences.

Les participants doivent prendre une pose qui définit, selon eux, une situation ou une représentation. A travers cette « photo image » les autres participants doivent partager leur compréhension et leurs interprétations de cette dernière, c’est la technique du Théâtre image. Je pense que cet outil peut être favorable pour amener les membres d’un comité à une réflexion sur leur propre représentation du métier qu’est l’animation socioculturelle. Utiliser cet outil va premièrement permettre de construire une dynamique de groupe bienveillante et apaiser l’ambiance, puis deuxièmement, rendre compréhensible le métier d’animateur. L’image permet de questionner le groupe sur ses diverses représentations du rôle et du mandat de l’animateur ainsi que de se mettre à la place des autres, corporellement afin de comprendre et de ressentir différemment la posture de chacun. Cela va permettre à l’animateur de se faire une idée sur l’avis de ces derniers, puis il pourra expliquer avec ses mots ce qu’est réellement le métier et les missions des animateurs socioculturels.

 

Outils ludiques pour développer la vie associative (FCLR)

 

Cet outil présenté par la FCLR amène à conscientiser les politiques ainsi que le comité sur : comment faire pour qu’une association fonctionne correctement et efficacement ? Les trois participants doivent à l’aide d’un élastique soutenu par trois anneaux métalliques (Acteurs : Politique, Comité, Animateurs), former un triangle afin de pouvoir faire passer un objet, qui représente l’association,  entre l’élastique. à travers ce jeu, on peut comprendre que si l’un des acteurs utilise trop son pouvoir d’agir, cela ne fonctionne pas. En pratiquant le jeu, on peut se rendre compte que si l’un des acteurs tire trop fortement sur son anneau, cela aura comme conséquence de déstabiliser les deux autres joueurs qui seront attirés vers cette personne, et de ce fait, le trou souhaiter pour pouvoir faire passer l’objet au centre de l’élastique ne sera pas adéquat. Utiliser ce jeu avec des membres d’un comité ou des animateurs peut être une bonne méthode, car cela peut amener ces derniers à comprendre que le bon fonctionnement d’une association se base sur une bonne entente entre ces trois acteurs. Chacun doit participer et être présent sans pour autant trop utiliser son pouvoir d’agir.

 

Conclusion

 

Pour conclure, le fait de rendre compréhensible le métier et les missions de l’animation socioculturelle sous forme de jeu, est un bon moyen, car cela permet d’amener plus facilement les membres d’un comité, de mêmes que les politiques, à se rendre compte du manque de connaissances qu’ils peuvent avoir sur le métier d’animateur plutôt que de leur faire savoir oralement. Cela pourrait être mal perçu  par ces derniers. « De plus, on dit que le plaisir, le jeu et le ludique sont à la naissance du savoir. C’est en jouant que l’on découvre « des conflits » qui permettent de réveiller la curiosité et ainsi aller chercher à apprendre et à découvrir les concepts qui sont en lien avec le sujet ». Von Wyss, A. 2018.

 

 

Bibliographie

 

Article sur internet :

 

Aline Martin, Cora Morand, Jessica Cortes & Noémie, L’animation socioculturelle et la professionnalité, 2016, p. 3-4.

Source : http://www.anim.ch/pxo305/pxo_content/medias/vieillesse_1a(2).pdf, consulté le 26 mai 2018.

 

Fondation genevoise pour l’animation socioculturelle, Rapport d’activité, 2015, p. 10.

Site internet : http://fase.ch/wp-content/uploads/2017/01/FASE_RA_2015_Vlight.pdf consulté le 26 mai 2018.

 

Document :

 

Charte Cantonale des centre de loisirs, centre de rencontres, maisons de quartier, jardins robinsons et terrains d’aventure du canton de Genève, 1993.

 

Citation :

 

Armande Von Wyss, citation reprise en lien avec le retour fait par l’enseignante, 22 juin 2018.

 



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