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Du sens dans le mouvement

 

Redonner du sens au fait de danser, juste pour se sentir bien et créer un moment touchant et sensible, laisser sortir les paillettes qui se trouvent à l’intérieur de nous et ressentir la joie que cela peut procurer. Telle est la mission que le collectif SeNS1 s’est donné.

 

Durant la fête de la danse qui s’est déroulée en mai à Genève, un collectif étonnant a eu l’idée de faire danser les gens dans la rue. Avant d’arriver à ce grand jour, il lui a fallu beaucoup de réflexion et de préparation pour réaliser ce projet touchant et plein de créativité.

 

Cet hiver, le collectif SENS1 a vu le jour pour donner suite à l’imagination et à la sensibilité de deux animatrices socio-culturelles. Toutes les deux passionnées de danse, elles ont conceptualisé une association qui propose des projets artistico-populaire.

Les objectifs sont de mettre en place un moment de rencontre et de partage collectif en proposant une parenthèse dans la monotonie du quotidien. Pour ce faire, un dispositif créatif et basé sur la joie, est imaginé par les deux animatrices pour permettre à quiconque de se connecter avec lui-même et avec ses émotions profondes que nous nous autorisons rarement à questionner.

En détournant l’usage habituel de l’espace public, le collectif SeNS1 s’engage aussi de manière citoyenne et ouvre un questionnement quant à la sous-utilisation de certains lieus. Une façon de revaloriser des « simples » lieux de passage ou de permettre une appropriation différente qui amène un regard nouveau sur la ville. Le collectif peut adapter son dispositif à tous lieux, comme par exemple dans un musée, dans les rues d’un quartier, dans un parc, etc.  

 

Le postulat de départ est que le corps dansant permet une libération du poids des codes sociaux. Le fait de vivre cela collectivement participe au fait que chaque évènement sera quelque chose d’unique. Cela permet à chacun.e de retrouver une posture de créateur et de donner un sens et une légitimité à sa vie intérieure. L’équilibre entre les moments collectifs, de contact avec les autres participants sont bien répartis avec les moments plus personnels ou chacun peut expérimenter ses mouvements comme il le souhaite. Les deux moments sont indissociables, car le soutien et l’appartenance au groupe est facilitateur pour l’expression individuelle. Cela atténue aussi la gêne du regard extérieur ou la peur de se tromper, car la dynamique de groupe est porteuse et facilite l’expression individuelle.

 

Pour arriver à ses idéaux, le collectif a créé des déambulations. Ce sont des parcours réfléchis au préalable qui sont inspirés du concept de “Silent Party”, c’est-à-dire que chaque participant-e porte un casque connecté à une bande son choisie, sur laquelle elle-il dansera de manière spontanée, tout en étant guidé-e par les animatrices qui font des propositions. Pour la première mise en œuvre de ce dispositif, le Collectif a été mandaté pour proposer plusieurs déambulations lors du weekend de la fête de la danse à Genève le 5 et 6 Mai de cette année. Les trois « let’s dance » ont reçus un franc succès. Les retours enthousiastes des nombreux participants semblent attester que les postulats de départ et le concept est en adéquation et répond à un besoin aussi bien du point de vue de l’individu, que du côté citoyen. 

  

La Théorie de la Biodanza de Rolando Toro peut être une piste pour théoriser l’action du Collectif SeNS1. Son œuvre s’appuie sur le fait de s’approprier son corps afin de se développer pleinement. Il ne voit pas le corps humain de manière athlétique, où nous devons l’entraîner afin d'améliorer nos capacités. Au contraire, il le voit comme un moyen d'expression, pouvant être utilisé comme une forme d’art qui part du ressenti et de l’intériorité des personnes. Cela peut être perçu comme une recherche de développement personnel, mais également comme une forme d’expression. En effet, le fait d’être en accord avec soi et être pleinement conscient de ce que nous sommes ne peut que faire en sorte d’améliorer notre aisance de notre rapport à notre environnement, aussi bien que notre esprit critique. « Le Système Biodanza est ouvert à la communauté : notion de système ouvert implique des formes de lien avec le monde extérieur qui se caractérisent par la tolérance face à la diversité, inclut donc l’humanité comme telle, sans discrimination de race, sexe, âge, état de santé, culture ou niveau économique » (Toro, 2006, p.53)

 

La thématique qui peut ressortir de ce texte est le questionnement sur les impacts du mouvement sur la construction identitaire et les perspectives pour l’animation qu’ouvrent ces formes d’expérimentations créatives.

Peut-être que le mot « dance » n’est pas bien choisi dans ce contexte. En effet, il renvoie à quelque chose d’académique et chorégraphié, qui peut être un frein à l’expression. Mais ce qui fait sens dans ce terme c’est que la danse relie, à soi-même, aux personnes qui nous entourent et à notre environnement. Elle soutient ainsi l’identité et son expression.

Ces quelques mots résument bien ce que peut amener cette expérience. Elle peut toucher autant le pôle relationnel avec autrui que relationnel avec soi-même. Les possibilités que ce champ ouvre sont une source d’inspiration.

 

Il est important que souligner, que notamment dans l’animation, il ne faut pas essayer de choisir entre professionnels et artistes. Nous possédons tous cette part d’imaginaire et comme pour d’autre aspects de notre personnalité, on choisit juste de plus ou moins le développer. C’est presque militant de se continuer à croire que nous ne devons mettre aucune partie de notre personnalité de coté pour mener à bien notre mission. C’est en étant pleinement conscient de notre personne et de nos valeurs qu’il est possible d’être juste et sincère auprès des personnes avec lesquelles nous interagissons.  

 

Coline Ménétrey 

 

Bibliographie : 

Collectif SENS1, (2018), collectif SENS1-Intentions, Genève.

Dinello, R. (2006), Une perspective pédagogique pour promouvoir les droits de l’hommes, Bruxelles.

Dinello, R. (2006), Ludique et société que nous re-créons, Bruxelles.

Fédération romande animation, (2010) Danse relationnelle, http://www.anim.ch/index.php?page=869&sub=&obj=3087

 



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