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Le rapport à l'écrit chez les Animateurs - trices Socioculturels - elles et les champs de tensions qui en découlent.

 

Le travail social est un domaine dans lequel le rapport à l’écrit a souvent été ambigu et problématique. Comment mettre des mots sur sa pratique et quelles sont les tensions qui en découlent ? Par Mino-Matot Mathias   

 

Une relation à l’écrit équivoque :

 

Le travail social est un domaine dans lequel le rapport à l’écrit a souvent été ambigu et problématique. Mettre des mots sur sa pratique, la définir, prendre le temps de mettre sur papier ses pensées, son ressenti. Ce n’est pas le même travail de rédaction que d’écrire un règlement, un processus ou le fonctionnement d’une activité par exemple. Dans de nombreuses institutions, les professionnels – elles sont poussés – es à écrire leurs questionnements, certaines situations problématiques qui provoquent une résonnance en eux – elles. Dans le cadre de la Haute Ecole de Travail Social également certains cours, modules d’apprentissage sont orientés vers un travail rédactionnel qui permet à l’étudiant – e de rédiger un écrit totalement « libre ». Cet article s’orientera plutôt sur le rapport que l’ASC vit avec les écrits beaucoup plus formels concernant l’institution dans laquelle il – elle travaille. Comment ceux-ci peuvent être source de tension ? Comment dépasser ces champs de tension ou vivre avec ? Et quelles sont les différentes utilisations que l’ASC peut en faire en tant que moyen, médium ou instrument afin de favoriser la participation d’une population à un projet ?

 

La rédaction professionnelle :

 

L’ASC a une tradition de transmission orale depuis une cinquantaine d’année. La preuve, cela ne fait « que » vingt-cinq ans qu’une charte cantonale a été rédigée [1]ce qui est relativement récent compte tenu de l’historique et de l’ancienneté de l’existence du métier d’ASC. Il  aura fallu attendre près de 30 ans afin de rédiger une entente commune concernant les différents centres socioculturels et les professionnels – elles à Genève. La rédaction d’un écrit formel prend du temps, demande du sérieux, de la concentration et peut donner l’impression d’accaparer le travail de l’ASC au détriment du lien avec les usagers – ères. Il faut sortir de l’aspect sensible, mettre de côté ses valeurs et rédiger un écrit le plus neutre possible, rester dans l’objectivité et oublier son ressenti : « L’écriture professionnelle est un acte rendant compte et caractérisant des faits, des analyses, des diagnostics sociaux, des propositions »[2]. Cela implique donc également de travailler et fonctionner avec des règles, ce qui peut être aussi un aspect extrêmement mal vu dans le métier. Il y a un aspect de contrôle à prendre en compte également, accepter de reprendre l’écrit avec ses collègues, d’être prêt – e à en rediscuter, faire un travail autocritique et le reprendre plusieurs fois par la suite afin d’arriver à une finalité cohérente. L’improvisation, le fait de devoir s’adapter à un public est balayé face à ces réglements, écrits, procédures qui sont dans certains cas très « normés ». Voilà en quoi le rapport à l’écriture chez l’ASC peut engendrer de la tension dans son travail au quotidien, l’impression de perdre ce rapport à l’autre, car trop occupé à rédiger, écrire, taper des textes. Le temps que cela prend et l’impression de perdre le contact avec le terrain.

 

L’écriture comme outil :

 

Il est nécessaire de considérer l’écriture sous deux aspects différents : écriture comme moyen et écriture comme médium. L’écriture est un moyen qui permet de mettre en place un projet, aller chercher des fonds, rédiger un diagnostic, mettre en place une activité. Il est l’outil qui va permettre à l’ASC de réaliser le projet qu’il – elle souhaite réaliser. Une écriture entre professionnels – elles qui va rester dans le cadre institutionnel. Elle peut être également utilisée dans le cadre d’un déroulement d’atelier et construite afin d’être comprise par tout le monde. Une rédaction simple, concise avec l’utilisation d’images afin que des gens qui comprendraient mal le français par exemple pourrait comprendre. 

 

L’écriture comme médium dans un cadre plus orienté vers l’artistique comme le travail réalisé par Karelle Ménine[3]par exemple qui travaille avec des populations d’un quartier sur différentes ouevres d’auteurs – es ayant vécu dans le quartier. Cette dernière a travaillé sur les œuvres d’Isabelle Eberhardt, auteure originaire du quartier des Grottes qui a été redécouverte après sa mort. Travail de réecriture avec la participation des habitants – es du quartier, elle affiche par la suite dans le Quartier des phrases, récits, déscriptions qui ont été réappropriés par les personnes avec qui elle a travaillé. Ces populations se réapproprient donc ces travaux, ils – elles s’affirment dans un groupe plus restreint. Ils – elles font partie intégrante de la vie et du travail que l’auteur – e a auparavant réalisé. La mise en place d’atelier d’écriture dans les maisons de quartier aussi par exemple, ces dernières années de nombreuses maisons de quartier proposent différents ateliers d’écriture avec certains rappeurs Genevois dans le but de réconcilier la jeune génération avec l’écriture. L’écriture, moyen de mettre en place un projet, et de faire participer un certain type de la population genevoise (les jeunes en l’occurrence). Elle peut donc permettre d’interragir, d’être un outil de médiation. Est-il néanmoins nécessaire pour l’ASC d’être aussi à l’aise avec l’écriture ? Suffit-il de se reposer sur l’apport de personnes extérieures à l’institution ?

 

Conclusion :

 

Pourquoi écrire ? Pour qui ? pour quoi ? Dans quel but ? « Les paroles s’envolent, les écrits restent. » Ecrire dans le but faire vivre ses idées, communiquer des informations à ses semblables, transmettre du savoir et mettre des mots sur sa pensée, sur ses sentiments. Ecrire pour éduquer, écrire pour communiquer, écrire pour mettre en place des projets, écrire pour légitimer des actions futures. L’écriture dans l’ASC est d’une importance capitale, la considérer comme un outil que les professionnels – lles doivent se réapproprier est primordial. Ne plus la voir comme un fardeau, mais un facilitateur dans la réalisation de leur travail au quotidien. Vivre avec les tensions que celle-ci procure et essayer de trouver un équilibre entre l’importance de travailler avec le public et le sérieux  que demande le travail de rédaction. Imaginer de nouveaux médiums dans une démarche similaire à celle de Karelle Ménine afin de permettre aux gens de se réapproprier ce rapport à l’écrit afin de créer quelque chose de nouveau, qui leur appartient et qui leur ressemble. Voilà comment devrait penser différemment l’ASC concernant l’Ecriture dans son travail quotidien.

 

 

[1]Charte cantonale des centres de loisirs, centres de rencontres, maisons de quartier, Jardins Robinsons et terrains d’aventures du Canton de Genève 2013 : http://www.fclr.ch/charte-cantonale/

[2]Brigitte Bouquet :« Vie sociale : Les écrits professionnels – Pratique des écrits – Ecritures des pratiques » : https://www.cairn.info/revue-vie-sociale-2009-2-page-81.htm

[3]http://www.fatrasproduction.net



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