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Le décloisonnement des centres de quartier

 

Les changements qui s’opèrent tant au niveau économique, urbanistique, social et politique, questionnent les liens et le vivre ensemble dans les quartiers. Cet article abordera le thème de l’espace public comme fonction relationnelle et du rôle de l’animation socioculturelle hors murs.

 

 

                           Le décloisonnement des centres de quartier                             

 

 

Les changements qui s’opèrent tant au niveau économique, urbanistique, social et politique, questionnent les liens et le vivre ensemble dans les quartiers. « A l’heure de l’insécurité sociale induite par la globalisation néolibérale et la crise de la société du travail, de la tendance aux replis identitaires et xénophobes, l’animation socioculturelle a un rôle toujours plus important à jouer. » (Libois, Armbruster Elafiti, Rouget, Warynski, Junod et Menghini, 2011) Cet article abordera le thème de l’espace public comme fonction relationnelle et du rôle de l’animation socioculturelle hors murs.

 

Animation en centre de quartier

 

Les centres de quartier, grâce au concept de l’accueil libre, ont pour vocation d’inviter tout un chacun à venir fréquenter le lieu. Mais, nous pouvons nous demander si les activités proposées dans des modèles architecturaux fermés sont propices à l’invitation d’un public varié. Comme le théorise Bourdieu, il peut exister un « effet de lieu. »« l’espace (géographique) et l’espace « social réifié » désigne l’espace symbolique produit par les représentations collectives associées au champ des positions sociales et à la matérialité des lieux. »(Sélimanovski, C.,2009) Il est alors important de questionner l’architecture et la violence symbolique que le lieu peut produire. 

 

Animation socioculturelle et espaces publics

 

L’animation socioculturelle, en organisant des activités dans l’espace public, doit permettre de favoriser les rencontres entre les différents groupes sociaux du quartier. Cela améliore la compréhension intergénérationnelle, dans une société où se côtoient quatre générations, qui doivent trouver des moyens de vivre ensemble. Elle doit stimuler aussi les échanges multiculturels ainsi que le rapprochement des populations marginales. « L’approche socio-spaciale implique, c’est là l’un de ses principes majeurs, une rupture avec le travail enfermé dans des locaux définis. Ainsi, l’ouverture sur le quartier environnant, l’abandon des structures toutes entières vouées à l’ « accueil de l’usager » au profit de formes plus flexibles, a permis de diversifier les fonctions des maisons de quartier. »(Willener, 2017, pp 204-205) 

En se voyant investir l’espace public et proposer des activités qui rassemblent tous et toutes, cela permet de mettre en relation les habitant.e.s, de faire émerger leurs besoins pour qu’ils.elles puissent s’identifier au quartier où ils.elles vivent. « Vivre dans un quartier ne signifie pas seulement habiter dans un logement, mais aussi s’épanouir dans un contexte. » (Pattaroni, 2016) En investissant les rues, les places et les parcs, parfois désertés ou réduits à des lieux de passages, cela permet de révéler les potentiels de ces espaces et de redonner de la vie au quartier.

 

Les Grottes, ancien quartier populaire rénové, garde une architechture douce et est composé à quatre vingt pour cents de loyers subventionnés. Réputé comme un quartier d’âme militante,  il semble intéressant d’interroger le modèle que propose Pré en Bulle, association du quartier, en terme de décloisonnement des centres de quartier et de réappropriation de l’espace public.

 

A l’exception d’une salle dans laquelle sont organisés les projets portés vers l’extérieur, l’association  organise toutes ses activités dans le domaine public, une alternative intéressante pour permettre l’ouverture à tou.te.s.

 

L’association Pré en Bulle met l’accent sur les forces de propositions d’occupation du domaine public. Leur but : créer des prétextes pour que les gens se rencontrent. Ces rencontres touchent le fondement même de l’animation socioculturelle. Elles favorisent un potentiel de mobilisation important à travers la connaissance de l’autre et permettent la réappropriation du quartier par les habitant.e.s. Aux Grottes, ces prétextes peuvent prendre différentes formes : fêtes de quartier, ateliers divers, soirées grotesques, accueil libre hors-murs etc. 

 

Réinterroger l’espace public et ses fonctions

 

L’association parcourt également les préaux d’école avec ses triporteurs colorés offrant une visibilité importante et invitant les enfants et leurs parents à les rejoindre. Comme l’explique Didier Arnoux, animateur depuis vingt ans dans l’association, cette idée est née dans un contexte conflictuel quant à la gestion des préaux du quartier. Des seringues qui trainaient, des jeunes qui faisaient la fête dans les préaux avaient suscité l’indignation des pouvoirs publics. L’association a donc développé le projet de « Préau Bulle » pour éviter la fermeture des préaux. 

Les préaux sont des lieux de socialisation, tout d’abord pour les enfants. Ce sont des espaces qu’ils connaissent, où ils peuvent se sentir en sécurité. Pour les parents, ceux-ci font office de lieux de rencontre, d’échange et permettent de péréniser les relations entre les habitant.e.s.  

 

Suite aux démarches et aux logiques d’actions qui sous-tendent la réappropriation de l’espace public, la fédération pour l’animation socioculturelle et l’association Pré en Bulle ont mis en place des ateliers « va voir dehors si j’y suis » sur le thème de l’animation et l’espace public. A l’heure d’une urbanisation toujours plus dense, la volonté de réinterroger les fonctions de l’espace public est le fruit de la reflexion qui a été  portée par ces ateliers. « Comment intégrer les populations marginalisées ? Comment rendre les pouvoirs publics facilitateurs de tels projets ? Comment amener le débat dans la rue ? Quel est le rôle de l'animation socioculturelle?»(https://www.vvdsjs.org)

 

 

Conclusion

 

Investir l’espace public dans l’animation socioculturelle est une démarche primordiale pour s’ouvrir aux habitant.e.s. L’intérêt de décloisonner les centres de quartier permet de rencontrer des habitant.e.s qui ne franchissent pas les portes des centres de quartier. Porter l’animation à l’extérieur oblige à interroger davantage les problématiques changeantes liées à l’espace public, pouvoir en débattre ou trouver des stratégies de sauvegarde de certains espaces qui ont des fonctions relationnelles qu’on ne peut bannir. (comme le cas des ateliers « va voir dehors s’y j’y suis » ou la sauvegarde de l’ouverture des préaux d’école)

Seulement, « chaque espace obéit à sa propre logique, (…) la Suisse fédéraliste caractérisée par d’importantes différences d’une commune ou d’un espace social à l’autre. (…) il faut développer des concepts de terrain en fonction des conditions spécifiques du lieu (…) cela étant dit, il est possible néanmoins de formuler quelques principes et modes d’action universels qu’on pourra mettre en pratique sous une forme adaptée aux conditions locales. » (Willener, 2017, pp 204-205) A l’image du modèle que propose Pré en Bulle, nous pouvons nous interroger si la pertinence de décloisonner les centres de quartier peut être transposable dans n’importe quel quartier. Ce qui en revanche, ne fait pas de doute, c’est que tout centre devrait proposer des activités tournées vers l’extérieur et cela, également dans le but de se faire connaître. 

       

 

 L.R.

 

Bibliographie

 

Libois, J., Armbruster Elafiti, U., Rouget, E., Warynski, D., Junod, R., Menghini, M. (2011). « Déclaration pour l’animation socioculturelle : Affrimer une continuité historique et affronter les défis actuels. » 

 

Mawaffo, A. (2018) « Aux Grottes, une maison de quartier peu ordinaire »REISO.org.

 

Husi, G. Hafen, M. Hug, A. Stäheli, R. Emmenegger, B. Willener, A. (2017). « Conceptualiser l’animation socioculturelle : Un agir professionnel en vue de la cohésion sociale. »Editions ies, Genève

 

Pattaroni, L. (2016) « Suisse- le phénomène de gentrification : la gentrification relève les menaces qui planent sur nos villes ? » Récupéré de http://www.asloca.ch/blog/suisse-le-phenomene-de-la-gentrification-la-gentrification-releve-les-menaces-qui-planent-sur-nos-villes/

 

Sélimanovski, C.(2009) Espace population et société « effet de lieu et processus de discalification sociale ». Récupréré de https://journals.openedition.org/eps/3609

 

(2017) « Va voir dehors s’y j’y suis : animation et espaces publics »Récupréré de  https://www.vvdsjs.org  

 



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