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Animation socio-culturelle et militantisme : vers une professionnalisation du militantisme ? (Van Beek Gaëtan)

L'animateur socio-culturel milite, il établi des collaborations avec les politiques pour favoriser la place de chacun dans la communauté. Vous ne me croyez pas ? Alors lisez...  

 

La fonction militante de l’animateur socio-culturel

 

Note de l’auteur : Dans un soucis de clarté, ce texte sera écrit à la première personne du singulier.

 

Fonction existante ? Questionnement pertinent ? Questionnement dépassé ? Fonction imaginée ? Fonction inexistante ?

Lors de la recherche qui a précédé ce document, deux questions ont été posées : l’animateur socio-culturel a-t’il un rôle militant ? Si oui, quelle forme prend ce rôle et comment doit-il le mettre en pratique ?

Pour répondre à ces questions, deux professionnelles ont été rencontrées et mis en lien avec deux auteurs ainsi qu’une pratique de terrain.

Anandy Clerc travaille au Locados en tant que responsable et accueille des jeunes entre 12 et 18 ans dans un accueil libre. https://www.locados.com/

Marion Zwygart est référente méthodologique à Quartier Solidaire, elle se charge de la conceptualisation et la mise en commun des expériences et outils des animateurs de proximité. https://www.quartiers-solidaires.ch/

Jean-Claude Gillet est un auteur fondamental dans l’animation socio-culturelle française et a posé certaines bases pour le métier en définissant notamment les trois groupement de compétences de bases de l’animateur socio-culturel.

Saul Alynski est un auteur fondamental dans le travail communautaire en Amérique du nord, il est considéré comme le fondateur de la pratique « d’organisateur de communauté ».

Le centre Sésame accueille des jeunes entre 10 et 18 ans dans un accueil libre et des ateliers de développement créatif. http://www.isesame.ch/sesame_centre_jeunes_rolle/sesame_centre_socioculturel_de_larrondissement_scolaire_de_Rolle.html

 

L’animateur a-t’il une fonction de militant ?

Oui nous répondent J-C Gillet et S. Alynski, chacun d’eux placent le militantisme comme une des compétences du professionnel. J.C. Gillet place les compétences de militantisme comme l’un des trois groupes de compétences de l’animateur socio-culturel avec les compétences techniques et de médiaction. Il le conçoit comme un travail d’aide à la conscientisation de la place qu’occupe le membre de la communauté et des possibilités qui lui sont offertes en fonction de ses aspirations.

S. Alinsky parle de l’organisateur de communauté comme d’un professionnel capable de se battre pour la communauté auprès des politiques.

Les professionnels rencontrés, eux, font la différence entre deux types de militance : d’un côté, le militant activiste qui, sur son temps personnel, va au devant des politiques ou qui s’engage politiquement pour faire valoir ses idées et d’un autre côté le militant professionnel, plus réservé, qui va travailler sur des collaborations et des négociations avec les politiques.

Ces deux types de militants vont réfléchir stratégiquement pour être sûre d’atteindre leur objectif qui est le bien-être de la communauté.

Mais dans ce cas là, la fonction militante de l’animateur socio-culturel est-elle plus proche du militant activiste ? Du militant professionnel ? Si nous partons du fait que le métier d’animateur socio-culturel a une fonction militante, comment la définir ?

 

La fonction militante de l’animateur socio-culturel en trois niveaux, proposition d’un modèle de la fonction militante de l’animateur.

 

Niveau 1

Nous retrouvons les bases théoriques de ce niveau chez J.C. Gillet (Gillet, 1995, p.275-277). L’animateur doit, dans un contexte social où les membres d’une communauté tendent à s’isoler les uns des autres, à éviter les contacts, pousser les individus à créer du lien social. Au fil de son activité, il cherche à toujours amener plus de diversité dans les relations qu’ont les membres d’une communauté entre eux. Ainsi, il favorise l’émergence d’organisations secondaires telles que les associations d’habitants ou les échanges de biens et de services entre particuliers.

Au Sésame, l’accueil libre est conçu de cette façon, les jeunes sont amenés à se confronter sans arrêt à d’autres groupes, à des jeunes qu’ils n’auraient peut-être jamais rencontrés sans l’institution. De ces rencontres émergent des groupes avec des intérêts commun qui veulent participer à des projets communs.

A Quartier Solidaire, après l’étape de diagnostic, les animateur travaillent à créer des espaces de rencontre entre les personnes âgées pour favoriser les échanges et la création de groupes de personnes âgées.

 

Niveau 2

Au centre Sésame, suite à la création de ces groupes, les animateurs tentent de favoriser le développement de projets participatifs où les jeunes ont la possibilité de s’exprimer, de donner un avis sur les problématiques qui les concernent. L’animateur est à l’écoute et amène les jeunes à réfléchir et à débattre pour aller vers ce qui fait sens pour eux. Par exemple, les ateliers de développement créatif proposent aux jeunes de s’impliquer dans la création d’oeuvres au sein du groupe sur des thématiques qui les intéressent. Lors de la semaine contre le racisme, par exemple, les jeunes participant à l’atelier graphisme ont développé toute une série de visuels sur la thématique qui représentent une vision possible de la jeunesse sur les questions de racisme.

A Quartier Solidaire, les animateurs sont à la recherche de projets qui viendraient de ainés et qui seraient révélateurs de leurs besoins et envies concernant la vie dans le quartier.

 

Niveau 3

La base théorique de cette étape nous est apportée par S. Alinsky. (Alinsky, 2012, p.127-129)

Selon lui, l’animateur entre en négociation avec son contexte politique. Il analyse celui-ci et détermine son action avec comme but de créer du pouvoir, non pas pour lui-même, mais pour la communauté.

Ce pouvoir, il l’obtient en créant constamment, en refusant que les choses restent immuables, en faisant bouger les choses mais aussi en ayant une certaine « relativité politique », sous entendu une acceptation du fait que toutes les valeurs sont relatives et dépendent du contexte et de ce qu’elles représentent pour chacun.

Nous retrouvons cette capacité à relativiser dans le discours d’Anandy Clerc qui nous explique que l’animateur, s’il veut faire son boulot, se doit d’être stratégique et pragmatique. Elle explique que s’il est nécéssaire de collaborer sur une action qui, peut-être ne fait pas totalement sens pour les jeunes, afin d’obtenir plus d’autonomie et une meilleure collaboration avec la commune cela peut être pertinent.

A Quartier Solidaire, l’animateur doit créer des espaces de rencontre entre les politiques et la communauté des personnes âgées. Le but est de favoriser la place de cette communauté selon les aspirations de celle-ci.

 

Posture

Cette fonction de militance nécessite, selon l’ensemble des professionnels et du terrain, une posture particulière. L’animateur socio-culturel doit être constamment conscient qu’il fait ces démarches pour le bien-être de la communauté pour laquelle il est mandaté. L’intérêt et la place des jeunes pour le Centre Sésame, l’intérêt et la place des personnes âgées pour Quartier Solidaire.

L’animateur doit aussi être capable d’analyser de manière extrêmement fine le contexte politique dans lequel il évolue. Une action dans le contexte genevois doit prendre en compte les paramètres qu’impose sa politique, la présence de la FASE et de la FCLR.

 

A quoi ça sert ?

Une fois les animateurs conscients de l’influence politique de leurs actions et capables d’agir dessus, il est possible d’envisager une véritable influence du métier sur la politique éducative, sociale et culturelle avec une plus grande autonomie, des fonds accordés, une collaboration... Les constats de l’excellente relation entre le Locados et la commune de Plan-Les-Ouattes, du succès de Quartier Solidaire auprès des communes vaudoises ou de l’excellente relation entre le Centre Sésame avec la commune de Rolle et de la possibilité laissée à ces institutions d’expérimenter et de développer leurs démarches de manière sereine et autonome amènent à réfléchir sur l’utilité d’avoir une conception de la fonction militante de l’animateur socio-culturel plus professionnelle et plus stratégique visant à une amélioration des relations avec les communes sur le long terme.

 

Gaëtan van Beek

 

Bibliographie

 

Gillet, J-C. (1995). Animation et Animateurs. Paris : L’harmattan.

 

Alinsky, S. (2012). Etre radical, manuel pragmatique pour radicaux réalistes. Bruxelles : Les éditions Aden.



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